Mexique : Légère baisse de la violence

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Les Etats de Chihuahua (Nord), Sinaloa (Nord-ouest) et Guerrero (Ouest) demeurent les régions les plus violentes du pays.

La guerre des chiffres

Selon le journal Milenio, 902 personnes auraient été tuées en mai dans des violences liées au crime organisé, soit une diminution de 2% par rapport au mois précédent[1]. Il s’agit par ailleurs du total le plus faible depuis octobre 2012 (888 cas).

S’ils sont intéressants, ces chiffres ne prennent cependant pas en compte la totalité des homicides commis sur le territoire national. Les autorités procèdent d’ailleurs de la même manière lorsqu’elles présentent les statistiques liées à la violence. Ainsi, le 10 mai dernier, le gouvernement déclara triomphalement que 5 296 homicides « dolosos »[2] avaient été observés au cours des 5 mois suivant l’investiture d’Enrique Peña Nieto, entre décembre 2012 et avril 2013, soit une réduction de 18% par rapport aux 5 mois précédents[3]. Le magazine Zeta accuse cependant les autorités de manipuler les chiffres, en ne prenant pas en compte l’ensemble des assassinats commis au Mexique. Ce journal basé à Tijuana indique ainsi que 8 049 meurtres au total[4] ont été rapportés entre décembre 2012 et avril 2013, soit en réalité une baisse de seulement 5% par rapport aux 5 derniers mois de l’administration Calderon.

Des tendances différentes selon les régions

La baisse de 2% des homicides liés au crime organisé observée en mai au niveau national cache en réalité de fortes disparités régionales. En effet, si certains Etats tels que le Michoacán (Ouest), le Coahuila (Nord) et le Tamaulipas (Nord-est) ont enregistré une diminution significative des exécutions, les trois régions les plus violentes du pays, le Chihuahua, le Sinaloa et le Guerrero, ont connu une nouvelle hausse sensible de la violence.

Le Chihuahua (Nord) est une région frontalière avec les Etats-Unis où se trouve la localité de Ciudad Juarez, considérée en 2010 comme la ville la plus dangereuse du monde. 188 meurtres en relation avec le crime organisé ont été rapportés dans cet Etat le mois dernier, soit le niveau de violence le plus élevé depuis août 2012. Cette augmentation des assassinats serait principalement la conséquence de conflits internes à la Fédération du Sinaloa, l’organisation criminelle dominante dans la région, ainsi que des affrontements entre cette dernière et d’autres groupes mafieux tels qu’El Nuevo Cártel de Juárez.

Les deux autres régions ayant enregistré le plus d’homicides liés au crime organisé le mois dernier sont le Sinaloa (Nord-ouest) et le Guerrero (Ouest). Avec 119 cas, le premier enregistre son niveau de violence le plus élevé depuis mai 2012. Le Guerrero, où se trouve la célèbre station balnéaire d’Acapulco, fait également face à un nouveau pic de violence avec 97 exécutions.


[1] Au cours duquel 919 meurtres avaient été rapportés.

[2] Pour le gouvernement, les homicides « dolosos » incluent les meurtres de fonctionnaires (au niveau national, régional et municipal) et les décès liés à des délits fédéraux et aux affrontements entre groupes criminels. Les autres assassinats ne sont pas inclus dans cette catégorie.

[3] 6 432  homicides « dolosos » avaient été commis entre juillet 2012 et novembre 2012 selon les autorités.

[4] Le gouvernement a par la suite confirmé ce chiffre, affirmant qu’un total de 8 055 homicides avait été enregistré durant cette période.

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Salvador : l’espoir d’une trêve durable

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L’Amérique centrale est toujours présentée comme une zone géographique en proie à d’insurmontables problèmes sécuritaires. Pourtant, depuis l’année dernière, un pays de la région, le Salvador, a vu son taux d’homicides diminuer de manière significative. Comment expliquer ce phénomène ?

Les Maras, première cause de violence au Salvador

Jusqu’en 2012, le Salvador, petite nation d’à peine 7 millions d’habitants, était connu pour être l’un des pays les plus dangereux à l’échelle mondiale[1], principalement à cause de la guerre sans merci que se livraient les Maras, des gangs de rue ultraviolents, pour le contrôle du marché local de la drogue et de l’extorsion.

L’histoire des Maras

Les Maras ont été formés dans les années 1980 en Californie (Etats-Unis) par des immigrés salvadoriens fuyant la guerre civile dans leur pays avec comme objectif initial de se défendre face aux gangs afro-américains et hispaniques. Progressivement, les Maras sont devenues des organisations criminelles se consacrant au trafic de drogue, à l’extorsion, à la prostitution forcée, au trafic de personnes et au meurtre. Profitant de l’expulsion de criminels salvadoriens vers leur pays d’origine, ordonnée par les autorités américaines, les Maras se sont également développées dans toute l’Amérique centrale. Ainsi, dans les pays du Triangle Nord (Honduras, Salvador, Guatemala) et dans une bien moindre mesure au Panama, au Costa Rica, au Nicaragua et au Mexique, les Maras ont trouvé des milliers de recrues dans les nombreux quartiers défavorisés. Au Salvador, la police estime que plus de 64 000 personnes ont rejoint les rangs de ces gangs.

La trêve historique de mars 2012

Alors que la situation sécuritaire n’a cessé de se dégrader au cours des dernières années au Salvador, un événement historique est venu inverser la courbe des homicides en mars 2012 : Sous l’égide d’un aumônier de l’armée, Fabio Colindres, les deux plus puissantes organisations criminelles du pays, la Mara 18 (M-18) et la Mara Salvatrucha (MS-13), conclurent une trêve[2][3]. La conséquence de cet accord fût immédiate : Une réduction de 41% des homicides fut constatée au niveau national en 2012 par rapport à l’année précédente.

Les “municipalités sans violence”, la deuxième phase de la trêve

En janvier 2013 commença la seconde phase du processus de trêve entre les Maras avec l’instauration du programme « municipalités sans violence ». La M-18 et la MS-13 annoncèrent l’arrêt de toute activité criminelle dans 4 localités du pays : Sonsonate (département de Sonsonate, Ouest), Ilopango (département de San Salvador, Centre-ouest), Quezaltepeque et Santa Tecla (département de La Libertad, Centre-ouest). Les membres de ces organisations criminelles s’engagèrent par ailleurs à déposer leurs armes et prendre part à des programmes de réinsertion sociale dans les municipalités concernées.

A l’heure actuelle, cette seconde phase se poursuit. Ainsi, des leaders des Maras et des médiateurs ont annoncé cette semaine que la ville de Nueva Concepcion (département de Chalatenango, Nord-ouest) était devenue la 9ème « municipalité sans violence » du pays.

Au niveau du nombre d’homicides, cette seconde étape semble efficace. Les autorités ont ainsi annoncé une diminution des meurtres de 45% entre janvier et avril 2013 par rapport à la même période de l’année précédente.

Quel est le rôle du gouvernement ?

Si cette trêve se révèle globalement positive jusqu’à présent, d’importantes zones d’hombres demeurent néanmoins. Il est ainsi très difficile de cerner le rôle du gouvernement tout comme les contreparties accordées aux leaders des Maras. Critiqué par une partie de la population[4] qui l’accuse de vouloir pactiser avec le crime organisé, le gouvernement salvadorien dirigé par Mauricio Funes[5] a longtemps assuré qu’il cherchait uniquement à faciliter la trêve entre les Maras et non à négocier avec ces dernières. Cependant, après avoir gardé pendant plusieurs mois, au moins publiquement, une distance vis-à-vis des négociations, les autorités semblent vouloir assumer davantage de responsabilités. Ainsi, au cours du mois d’avril, le Président Funes a affirmé que le gouvernement devait répondre à certaines demandes des leaders de Maras afin de rendre la trêve pérenne. Selon le journal salvadorien El Faro, le vice-ministre de la Sécurité Publique, Douglas Moreno, a par ailleurs récemment rencontré des chefs de la M-18 et de la MS-13 à Illopango. Douglas Moreno leur aurait assuré que le gouvernement soutenait financièrement le programme de pacification dans cette zone, notamment en aidant les mararos[6] et leur famille à s’insérer professionnellement. Enfin, Mauricio Funes a annoncé au début du mois de mai des fonds supplémentaires pour la réinsertion des membres des Maras dans la société. 18 millions de dollars seront ainsi consacrés à la création de coopératives dans les « municipalités sans violence » et 4 autres millions destinés à l’éducation des mararos.

Une trêve encore fragile

Au niveau sécuritaire, le bilan n’est également pas parfait. Si les homicides ont incontestablement diminué, des rapports suggèrent que les cas d’extorsion et de disparition ont augmenté. Par ailleurs, la trêve semble parfois fragile. 65 meurtres ont ainsi été rapportés sur l’ensemble du territoire au cours des 8 premiers jours de mai, soit une moyenne de 8 assassinats par jour contre 5,8 entre janvier et mars.


[1] En 2011, le taux d’homicides au Salvador était de 76 pour 100 000 habitants, le deuxième à l’échelle mondiale après le Honduras voisin.

[2] En échange de cette trêve, les chefs des Maras emprisonnés auraient bénéficié d’une amélioration des conditions de détention.

[3] Si les deux principales Maras ont accepté de signer une trêve, d’autres bandes criminelles, moins structurées, continuent de s’affronter pour le contrôle des territoires urbains.

[4] Notamment une partie de le l’église catholique locale et certains politiciens (dont des membres du parti au pouvoir).

[5] Mauricio Funes appartient au Front Farabundo Martí de Libération Nationale (FMLN, gauche).

[6] Nom donné aux membres des Maras.

Venezuela : Pour lutter contre l’insécurité, Maduro fait appel à l’armée

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Des soldats ont été déployés hier dans des zones sensibles de l’agglomération de Caracas.

L’armée déployée

Les autorités vénézuéliennes ont lancé hier le Plan Patria Segura[1], une nouvelle stratégie anti-criminalité comprenant notamment le déploiement de 3 000 éléments de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) dans les municipalités les plus violentes du pays.

Les 6 premières zones concernées par l’arrivée des forces armées se situent toutes dans l’agglomération de Caracas. Parmi elles, Sucre et Baruta[2] font partie de l’Etat de Miranda, dirigé par le leader de l’opposition, Henrique Capriles. Au cours des prochains mois, la FANB se déploiera également dans une dizaine d’autres municipalités du pays.

Cette nouvelle stratégie prévoit par ailleurs l’arrivée prochaine de 9 000 nouveaux policiers formés à l’Université National de la Sécurité (UNES).

L’insécurité, problème majeur pour le Venezuela

Le Plan Patria Segura fait suite aux promesses électorales de Nicolas Maduro, l’héritier d’Hugo Chavez ayant en effet promis durant la campagne présidentielle de faire de la lutte contre l’insécurité l’une des grandes priorités de son mandat.

Le choix du nouveau Président vénézuélien de militariser la lutte contre la criminalité s’explique par la situation sécuritaire alarmante du pays. Avec 55 homicides pour 100 000 habitants en 2012[3], le Venezuela est en effet la nation la plus dangereuse d’Amérique du Sud, la deuxième à l’échelle mondiale[4]. A titre de comparaison, la Colombie voisine, dont l’image demeure particulièrement négative en Europe, et le Mexique, affecté par les affrontements entre cartels de la drogue, affichent des taux largement inférieurs, avec respectivement 31 et 24 meurtres pour 100 000 habitants.

Une stratégie risquée

Si le gouvernement vénézuélien affirme que le déploiement des forces armées permettra de protéger la population, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer cette décision. Ainsi, l’ONG PROVEA[5] affirme que les soldats ne sont pas préparés pour lutter contre la délinquance et le crime organisé, une remarque pertinente au vue de la situation au Mexique.

Dans ce pays, les violations des droits de l’homme impliquant des membres de l’armée[6] se sont multipliées depuis le milieu des années 2000, suite à la mise en place d’une stratégie de militarisation pour lutter contre les cartels de la drogue. Le déploiement de plusieurs dizaines de milliers de soldats n’a par ailleurs pas permis d’améliorer la situation sécuritaire. Au contraire, l’élimination des chefs de cartels par l’armée a entraîné une fragmentation du crime organisé[7] et, en corollaire, une augmentation de la violence dans plusieurs régions du pays.

Par ailleurs, d’importants soupçons de corruption pèsent sur l’armée vénézuélienne. Plusieurs hauts gradés ont ainsi été accusés de complicités avec le crime organisé au cours des dernières années.

 


[1] « Patrie Sûre » en français.

[2] Les 4 autres zones concernées sont Catia, El Valle, Antímano et El Recreo.

[3] Selon les chiffres communiqués par le gouvernement vénézuélien.

[4] Seul le Honduras, en Amérique centrale, affiche un taux d’homicides supérieur (85 pour 100 000 habitants en 2012)

[5] Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos.

[6] Notamment de nombreux cas de tortures et de disparitions.

[7] En 2007, moins de dix grands cartels s’affrontaient pour le contrôle des zones stratégiques au Mexique. Aujourd’hui, ils sont plusieurs dizaines.