Salvador : l’espoir d’une trêve durable

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L’Amérique centrale est toujours présentée comme une zone géographique en proie à d’insurmontables problèmes sécuritaires. Pourtant, depuis l’année dernière, un pays de la région, le Salvador, a vu son taux d’homicides diminuer de manière significative. Comment expliquer ce phénomène ?

Les Maras, première cause de violence au Salvador

Jusqu’en 2012, le Salvador, petite nation d’à peine 7 millions d’habitants, était connu pour être l’un des pays les plus dangereux à l’échelle mondiale[1], principalement à cause de la guerre sans merci que se livraient les Maras, des gangs de rue ultraviolents, pour le contrôle du marché local de la drogue et de l’extorsion.

L’histoire des Maras

Les Maras ont été formés dans les années 1980 en Californie (Etats-Unis) par des immigrés salvadoriens fuyant la guerre civile dans leur pays avec comme objectif initial de se défendre face aux gangs afro-américains et hispaniques. Progressivement, les Maras sont devenues des organisations criminelles se consacrant au trafic de drogue, à l’extorsion, à la prostitution forcée, au trafic de personnes et au meurtre. Profitant de l’expulsion de criminels salvadoriens vers leur pays d’origine, ordonnée par les autorités américaines, les Maras se sont également développées dans toute l’Amérique centrale. Ainsi, dans les pays du Triangle Nord (Honduras, Salvador, Guatemala) et dans une bien moindre mesure au Panama, au Costa Rica, au Nicaragua et au Mexique, les Maras ont trouvé des milliers de recrues dans les nombreux quartiers défavorisés. Au Salvador, la police estime que plus de 64 000 personnes ont rejoint les rangs de ces gangs.

La trêve historique de mars 2012

Alors que la situation sécuritaire n’a cessé de se dégrader au cours des dernières années au Salvador, un événement historique est venu inverser la courbe des homicides en mars 2012 : Sous l’égide d’un aumônier de l’armée, Fabio Colindres, les deux plus puissantes organisations criminelles du pays, la Mara 18 (M-18) et la Mara Salvatrucha (MS-13), conclurent une trêve[2][3]. La conséquence de cet accord fût immédiate : Une réduction de 41% des homicides fut constatée au niveau national en 2012 par rapport à l’année précédente.

Les “municipalités sans violence”, la deuxième phase de la trêve

En janvier 2013 commença la seconde phase du processus de trêve entre les Maras avec l’instauration du programme « municipalités sans violence ». La M-18 et la MS-13 annoncèrent l’arrêt de toute activité criminelle dans 4 localités du pays : Sonsonate (département de Sonsonate, Ouest), Ilopango (département de San Salvador, Centre-ouest), Quezaltepeque et Santa Tecla (département de La Libertad, Centre-ouest). Les membres de ces organisations criminelles s’engagèrent par ailleurs à déposer leurs armes et prendre part à des programmes de réinsertion sociale dans les municipalités concernées.

A l’heure actuelle, cette seconde phase se poursuit. Ainsi, des leaders des Maras et des médiateurs ont annoncé cette semaine que la ville de Nueva Concepcion (département de Chalatenango, Nord-ouest) était devenue la 9ème « municipalité sans violence » du pays.

Au niveau du nombre d’homicides, cette seconde étape semble efficace. Les autorités ont ainsi annoncé une diminution des meurtres de 45% entre janvier et avril 2013 par rapport à la même période de l’année précédente.

Quel est le rôle du gouvernement ?

Si cette trêve se révèle globalement positive jusqu’à présent, d’importantes zones d’hombres demeurent néanmoins. Il est ainsi très difficile de cerner le rôle du gouvernement tout comme les contreparties accordées aux leaders des Maras. Critiqué par une partie de la population[4] qui l’accuse de vouloir pactiser avec le crime organisé, le gouvernement salvadorien dirigé par Mauricio Funes[5] a longtemps assuré qu’il cherchait uniquement à faciliter la trêve entre les Maras et non à négocier avec ces dernières. Cependant, après avoir gardé pendant plusieurs mois, au moins publiquement, une distance vis-à-vis des négociations, les autorités semblent vouloir assumer davantage de responsabilités. Ainsi, au cours du mois d’avril, le Président Funes a affirmé que le gouvernement devait répondre à certaines demandes des leaders de Maras afin de rendre la trêve pérenne. Selon le journal salvadorien El Faro, le vice-ministre de la Sécurité Publique, Douglas Moreno, a par ailleurs récemment rencontré des chefs de la M-18 et de la MS-13 à Illopango. Douglas Moreno leur aurait assuré que le gouvernement soutenait financièrement le programme de pacification dans cette zone, notamment en aidant les mararos[6] et leur famille à s’insérer professionnellement. Enfin, Mauricio Funes a annoncé au début du mois de mai des fonds supplémentaires pour la réinsertion des membres des Maras dans la société. 18 millions de dollars seront ainsi consacrés à la création de coopératives dans les « municipalités sans violence » et 4 autres millions destinés à l’éducation des mararos.

Une trêve encore fragile

Au niveau sécuritaire, le bilan n’est également pas parfait. Si les homicides ont incontestablement diminué, des rapports suggèrent que les cas d’extorsion et de disparition ont augmenté. Par ailleurs, la trêve semble parfois fragile. 65 meurtres ont ainsi été rapportés sur l’ensemble du territoire au cours des 8 premiers jours de mai, soit une moyenne de 8 assassinats par jour contre 5,8 entre janvier et mars.


[1] En 2011, le taux d’homicides au Salvador était de 76 pour 100 000 habitants, le deuxième à l’échelle mondiale après le Honduras voisin.

[2] En échange de cette trêve, les chefs des Maras emprisonnés auraient bénéficié d’une amélioration des conditions de détention.

[3] Si les deux principales Maras ont accepté de signer une trêve, d’autres bandes criminelles, moins structurées, continuent de s’affronter pour le contrôle des territoires urbains.

[4] Notamment une partie de le l’église catholique locale et certains politiciens (dont des membres du parti au pouvoir).

[5] Mauricio Funes appartient au Front Farabundo Martí de Libération Nationale (FMLN, gauche).

[6] Nom donné aux membres des Maras.

Mexique : géographie de la narco-criminalité

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Les Etats du Nord et de l’Ouest du pays concentrent la majorité des homicides liés aux affrontements entre cartels de la drogue.

 

Baisse de la narco-criminalité en avril

Selon le journal mexicain Milenio, le crime organisé a causé la mort de 919 personnes en avril sur l’ensemble du territoire, soit une baisse de 12% par rapport au mois précédent[1].

Cette  baisse des homicides s’explique principalement par la diminution significative des affrontements entre organisations criminelles dans certaines régions du pays, notamment dans l’Etat de Mexico (Centre)[2]. En général, la baisse soudaine de la violence dans une ville ou une région s’explique par la victoire (au niveau local) d’un cartel sur un ou plusieurs groupes rivaux. Ce fut notamment le cas à Ciudad Juarez, autrefois considérée comme la ville la plus dangereuse du monde, où la situation sécuritaire s’est sensiblement améliorée depuis que la Fédération du Sinaloa a partiellement expulsé le cartel de Juarez, au terme d’un affrontement particulièrement long et meurtrier.

En revanche, il est peu probable que la nouvelle stratégie anti-criminalité d’Enrique Peña Nieto ait contribué à la diminution de la narco-criminalité au cours du mois d’avril. En effet, comme le rappelle le journal Reforma, les principales mesures de cette stratégie, telles que la création d’une gendarmerie nationale ou la mise en place d’un ambitieux plan de prévention des délits[3], ne sont pas encore effectives.

L’inégale répartition géographique des homicides

Les chiffres de la narco-criminalité au mois d’avril confirment une tendance observée depuis plusieurs mois : les Etats du Nord et de l’Ouest sont les plus affectés par les affrontements entre cartels.

3 Etats du Nord (Chihuahua, Nuevo León et Coahuila) figurent parmi les 6 régions les plus meurtrières en avril.  Le Nord du Mexique, théâtre de violents affrontements entre cartels rivaux depuis 2005, a longtemps concentré la grande majorité des homicides liés au narcotrafic. Les cartels considèrent en effet comme hautement stratégiques les régions frontalières avec les Etats-Unis, premier marché mondial de drogue.

Cependant, si les Etats du Nord demeurent très violents, leur part dans le nombre total d’homicides commis au niveau national a diminué au cours des deux dernières années, ce qui signifie que la narco-criminalité s’est diffusée dans d’autres régions, en particulier dans l’Ouest.

Ainsi, les 3 autres Etats les plus affectés par la narco-criminalité se trouvent sur la côte pacifique (Ouest). Si le Sinaloa (Nord-ouest), berceau du crime organisé au Mexique, est depuis longtemps l’une des régions les plus dangereuses du pays, le Guerrero (Ouest) et le Jalisco (Ouest) étaient autrefois épargnés par les affrontements entre cartels. Mais ces deux Etats ont été les principales victimes de la fragmentation du crime organisé au Mexique au cours des dernières années, conséquence directe de la stratégie sécuritaire de l’administration CALDERON (2006-2012), basée sur l’élimination des chefs des cartels et la participation massive de l’armée. L’exemple le plus marquant réside dans la célèbre station balnéaire d’Acapulco (Guerrero), autrefois dominée par le cartel Beltran-Leyva. Le déclin de ce groupe, décimé par les forces de sécurité et le cartel du Sinaloa, a entraîné une fragmentation du crime organisé et l’émergence de plusieurs bandes criminelles rivales[4] au niveau local. D’autres cartels de premier plan ont également décidé de profiter de l’affaiblissement du clan Beltran-Leyva pour tenter de se développer à Acapulco qui est aujourd’hui l’une des localités les plus dangereuses du pays[5].

Si la narco-criminalité s’est progressivement diffusée dans de nouveaux territoires au cours des dernières années, certaines régions mexicaines sont encore épargnées par ce phénomène. Ainsi, de nombreux Etats du Centre (Hidalgo, Aguascalientes, Tlaxcala, Querétaro et Puebla) et du Sud (Tabasco, Campeche, Chiapas et Yucatán) ainsi que la capitale, Mexico D.F.[6], présentent une situation sécuritaire plus stable que le Nord et l’Ouest du pays.

Le Mexique affiche par ailleurs un taux d’homicides de 24 pour 100 000 habitants[7], un niveau certes élevé mais largement inférieur à celui de pays proches tels que le Honduras (85 pour 100 000) et le Guatemala (32 pour 100 000). Si le contexte mexicain est alarmant, il est donc faux d’affirmer que ce pays est le plus dangereux du monde et que l’ensemble du territoire national est le théâtre d’affrontements entre cartels.


[1] Selon Milenio, 1 048 homicides liés au crime organisé avaient été enregistrés en mars, soit le chiffre le plus important depuis l’investiture d’Enrique Peña Nieto (en décembre 2012).

[2] Les homicides liés au crime organisé ont diminué de 48% dans cette entité entre mars et avril.

[3] Le programme social de prévention des délits est doté d’un budget de 6,8 milliards d’euros pour l’année 2013. Ce programme concerne principalement 55 zones considérées comme prioritaires.

[4] Selon les autorités, le nombre de groupes criminels liés au narcotrafic au Mexique s’élèverait désormais entre 60 et 80, la majorité étant des petites et moyennes organisations.

[5] Au niveau du taux d’homicides, Acapulco a été la ville la plus dangereuse du Mexique en 2012. Cependant, la majorité des meurtres ont lieu dans les quartiers populaires de la ville. Les zones touristiques sont plus épargnées même si des actes de violence y surviennent régulièrement.

[6] La capitale ne doit pas être confondue avec l’Etat de Mexico qui l’entoure. Si la criminalité d’opportunité et les vols avec violence sont importants à Mexico D.F., les affrontements entre cartels y sont rares.

[7] Contre 8 pour 100 000 habitants en 2007.