Venezuela : Pour lutter contre l’insécurité, Maduro fait appel à l’armée

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Des soldats ont été déployés hier dans des zones sensibles de l’agglomération de Caracas.

L’armée déployée

Les autorités vénézuéliennes ont lancé hier le Plan Patria Segura[1], une nouvelle stratégie anti-criminalité comprenant notamment le déploiement de 3 000 éléments de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) dans les municipalités les plus violentes du pays.

Les 6 premières zones concernées par l’arrivée des forces armées se situent toutes dans l’agglomération de Caracas. Parmi elles, Sucre et Baruta[2] font partie de l’Etat de Miranda, dirigé par le leader de l’opposition, Henrique Capriles. Au cours des prochains mois, la FANB se déploiera également dans une dizaine d’autres municipalités du pays.

Cette nouvelle stratégie prévoit par ailleurs l’arrivée prochaine de 9 000 nouveaux policiers formés à l’Université National de la Sécurité (UNES).

L’insécurité, problème majeur pour le Venezuela

Le Plan Patria Segura fait suite aux promesses électorales de Nicolas Maduro, l’héritier d’Hugo Chavez ayant en effet promis durant la campagne présidentielle de faire de la lutte contre l’insécurité l’une des grandes priorités de son mandat.

Le choix du nouveau Président vénézuélien de militariser la lutte contre la criminalité s’explique par la situation sécuritaire alarmante du pays. Avec 55 homicides pour 100 000 habitants en 2012[3], le Venezuela est en effet la nation la plus dangereuse d’Amérique du Sud, la deuxième à l’échelle mondiale[4]. A titre de comparaison, la Colombie voisine, dont l’image demeure particulièrement négative en Europe, et le Mexique, affecté par les affrontements entre cartels de la drogue, affichent des taux largement inférieurs, avec respectivement 31 et 24 meurtres pour 100 000 habitants.

Une stratégie risquée

Si le gouvernement vénézuélien affirme que le déploiement des forces armées permettra de protéger la population, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer cette décision. Ainsi, l’ONG PROVEA[5] affirme que les soldats ne sont pas préparés pour lutter contre la délinquance et le crime organisé, une remarque pertinente au vue de la situation au Mexique.

Dans ce pays, les violations des droits de l’homme impliquant des membres de l’armée[6] se sont multipliées depuis le milieu des années 2000, suite à la mise en place d’une stratégie de militarisation pour lutter contre les cartels de la drogue. Le déploiement de plusieurs dizaines de milliers de soldats n’a par ailleurs pas permis d’améliorer la situation sécuritaire. Au contraire, l’élimination des chefs de cartels par l’armée a entraîné une fragmentation du crime organisé[7] et, en corollaire, une augmentation de la violence dans plusieurs régions du pays.

Par ailleurs, d’importants soupçons de corruption pèsent sur l’armée vénézuélienne. Plusieurs hauts gradés ont ainsi été accusés de complicités avec le crime organisé au cours des dernières années.

 


[1] « Patrie Sûre » en français.

[2] Les 4 autres zones concernées sont Catia, El Valle, Antímano et El Recreo.

[3] Selon les chiffres communiqués par le gouvernement vénézuélien.

[4] Seul le Honduras, en Amérique centrale, affiche un taux d’homicides supérieur (85 pour 100 000 habitants en 2012)

[5] Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos.

[6] Notamment de nombreux cas de tortures et de disparitions.

[7] En 2007, moins de dix grands cartels s’affrontaient pour le contrôle des zones stratégiques au Mexique. Aujourd’hui, ils sont plusieurs dizaines.

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Venezuela : Risque de violences politiques à l’occasion du 1er mai

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Des manifestations en faveur du parti au pouvoir et de l’opposition pourraient entraîner la paralysie de Caracas ainsi que des débordements mercredi 1er mai.

Des rassemblements à risques

Le nouveau Président vénézuélien, Nicolás Maduro, et le chef de l’opposition, Henrique Capriles, ont appelé leurs partisans respectifs à manifester à l’occasion de la journée du travail, mercredi 1er mai. Il s’agit pour le premier de démontrer que la révolution bolivarienne bénéficie toujours du soutien massif de la population malgré la mort d’Hugo Chavez alors que le second entend protester contre les politiques gouvernementales et contester le résultat de la dernière élection présidentielle.

Ces manifestations sont susceptibles de rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues de Caracas. Au vue des tensions politiques actuelles, des heurts entre sympathisants de l’opposition et du gouvernement pourraient être observés. 9 personnes ont déjà été tuées et 78 autres blessées dans des violences postélectorales depuis le 14 avril.

La situation politique actuelle

Deux semaines après l’élection présidentielle, la situation politique demeure tendue au Venezuela. Ainsi, Henrique Capriles refuse toujours de reconnaître la victoire de Nicolás Maduro, qu’il qualifie de « vol ». Le leader de l’opposition a par ailleurs annoncé qu’il contesterait officiellement le scrutin du 14 avril devant le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) si le Conseil National Electoral (CNE) refusait de procéder à un audit « complet » des résultats. Si le CNE a accepté de mener un audit[1] sur les 46% des votes restants[2], cet organe électoral a en revanche repoussé certaines demandes d’Henrique Capriles telles que la révision des registres contenant les signatures des électeurs et leurs empreintes digitales.

En refusant de reconnaître le résultat de l’élection, Henrique Capriles entend affaiblir le nouveau Président, en le privant de légitimité et en réduisant ainsi ses marges de manœuvres pour gouverner.

De son côté, le camp chaviste ne reste pas inactif. Pour reprendre la main, Nicolás Maduro et ses conseillers ont décidé de miser sur la proximité avec la population via le projet de “gouvernement dans la rue”. Le nouveau Président a ainsi annoncé qu’il parcourra le pays avec ses ministres pour recueillir les critiques et les propositions des vénézuéliens. Cette initiative permettra, selon le parti au pouvoir, d’apporter un nouveau souffle au processus révolutionnaire et de corriger ses insuffisances. Par ailleurs, l’ancien chef de la diplomatie vénézuélienne a promis de faire de la lutte contre l’insécurité, un sujet d’inquiétudes majeur pour une majorité de la population, l’un des objectifs prioritaires de son mandat.

Au niveau international, Nicolás Maduro a reçu d’importants soutiens, notamment de la part des principaux dirigeants latino-américains. La plupart des pays occidentaux, à l’exception notable des Etats-Unis, ont par ailleurs reconnu l’héritier désigné d’Hugo Chavez comme le nouveau Président vénézuélien.


[1] Au Venezuela, les élections ont lieu sur des machines à voter. L’audit consistera donc à comparer les votes venant de chaque machine avec les reçus individuels issus par la même machine. Il se déroulera entre le 6 mai et le 4 juin.

[2] 54 % des votes avaient déjà été vérifiés le jour de l’élection, conformément aux règles électorales vénézuéliennes.

Situation postélectorale tendue au Venezuela

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Plusieurs personnes sont mortes hier dans des violences postélectorales. De nouveaux incidents pourraient être observés dans les prochains jours en cas de persistance du climat politique délétère. 

Les faits

Au moins 7 personnes ont été tuées et 61 autres blessées hier dans des troubles postélectoraux sur l’ensemble du territoire vénézuélien. Par ailleurs, 135 personnes ont été arrêtées suite à ces violences.

Selon les représentants du parti au pouvoir, des sympathisants de l’opposition auraient pris pour cible des partisans chavistes ainsi que la présidente du Conseil National Électoral (CNE) et endommagés des centres médicaux et des locaux du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV). Les autorités de l’Etat de Miranda, une région dirigée par Henrique Capriles, ont pour leur part affirmé que des individus proches du PSUV auraient attaqué le siège du gouvernement local et la permanence d’un parti d’opposition. Enfin, les locaux de certaines chaînes de télévision (VTV et Telesur) auraient également été ciblés par des manifestants.

L’origine de ces violences

Alors que Nicolas Maduro a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle lundi par le CNE, Henrique Capriles a refusé de reconnaître ce résultat, soupçonnant une fraude importante[1] en faveur du successeur d’Hugo Chávez, et a appelé ses partisans à « montrer leur colère »[2]. Des membres de l’opposition ont alors organisé des manifestations et des rassemblements, souvent pacifiques, mais ont également provoqué des débordements.

Ces troubles sont également la conséquence de la tension politique qui règne au Venezuela depuis l’annonce d’une élection présidentielle anticipée suite au décès d’Hugo Chávez le 5 mars dernier. Depuis cet événement, Nicolas Maduro et Henrique Capriles n’ont cessé de s’invectiver par médias interposés, contribuant ainsi à la détérioration du climat politique du pays. Hier encore, ces deux protagonistes se sont accusés mutuellement d’être à l’origine des violences, Nicolas Maduro affirmant ainsi que l’opposition tentait de mener un « coup d’Etat » alors qu’Henrique Capriles prétend pour sa part que le parti au pouvoir a provoqué ces troubles pour « éviter le recompte des voix ».

Un avenir proche incertain

L’opposition avait initialement convoqué un rassemblement massif aujourd’hui à Caracas, un événement auquel le nouveau Président s’était fermement opposé. Henrique Capriles a finalement appelé hier ces partisans à ne pas manifester et s’est déclaré disposé à entamer un dialogue pour résoudre la crise que traverse actuellement le Venezuela.

Si cette décision pourrait contribuer à apaiser la situation, de nouveaux troubles ne sont pas à exclure dans les prochains jours en cas de persistance de l’incertitude politique. En revanche, la reconnaissance des résultats électoraux par Henrique Capriles ou l’ouverture d’un dialogue entre le parti au pouvoir et l’opposition seraient susceptibles de mettre un terme à cette période de violences.


[1] Bien que plusieurs accompagnateurs internationaux aient confirmé le bon déroulement du scrutin et la fiabilité du système électoral vénézuélien.

[2] En ajoutant néanmoins que les manifestations devaient être pacifiques.

Nicolas Maduro, l’héritier du “Comandante”

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Le Conseil National Électoral (CNE) a annoncé ce matin la victoire de Nicolas Maduro à l’élection présidentielle. Le successeur désigné d’Hugo Chávez est donc élu pour un mandat de 5 ans.  

Le chef de l’Etat par intérim et candidat du Grand Pôle Patriotique (coalition pro-chaviste) recueille 50,66% des suffrages, devançant ainsi Henrique Capriles (49,07%), le candidat de la Table de l’Unité Démocratique[1]. Par ailleurs, le total des voix recueillies par les 5 autres candidats ne dépasse pas 0,26%. Enfin, avec un taux de participation de 78,7% et aucun incident grave signalé[2], ce scrutin souligne la maturité démocratique du peuple vénézuélien.

Les raisons de la victoire

L’élection de Nicolas Maduro souligne l’adhésion de la majorité de la population vénézuélienne à la politique menée par Hugo Chávez au cours de ces 14 dernières années, en particulier au processus de redistribution des revenus du pétrole. En effet, entre 1998 et 2012, les classes populaires du pays ont vu leurs conditions de vie s’améliorer significativement grâce à la mise en place, grâce à la rente pétrolière, des « missions », des programmes sociaux de grande envergure, dans de nombreux domaines comme la santé, l’éducation, l’alimentation ou le logement.

Ce scrutin illustre également la popularité de Nicolas Maduro, ancien ministre des Affaires étrangères (2006-2012) et vice-président (2012-2013) sous Hugo Chávez. Alors qu’il est présenté, à tort, comme un personnage « sans charisme » dans les médias français, Nicolas Maduro a réussi à convaincre une majorité de Vénézuéliens qu’il était capable de préserver les acquis du chavisme tout en résolvant les principaux problèmes du pays, à savoir l’insécurité et l’inflation.

Un score élevé pour l’opposition

Le nouveau Président devra néanmoins tenir compte du score réalisé par son rival. Grâce à une communication efficace, une campagne électorale particulièrement dynamique et un positionnement centriste[3], le candidat de la Table de l’Unité Démocratique, Henrique Capriles est parvenu à recueillir 49% des suffrages, le meilleur résultat pour un candidat de l’opposition depuis l’élection d’Hugo Chávez en 1998. Nicolas Maduro va donc prendre la tête d’un pays divisé politiquement avec une légitimité électorale moins importante que celle dont bénéficiait son illustre prédécesseur.

Des tensions à venir

Les prochaines semaines pourraient d’ailleurs être marquées par la persistance d’une certaine tension politique au Venezuela. Ainsi, bien que le CNE ait affirmé qu’il n’y avait pas eu d’incident majeur et malgré la présence de nombreux accompagnateurs internationaux, Henrique Capriles estime que les résultats de l’élection « ne reflètent pas la réalité du pays » et laisse entendre qu’une fraude a été organisée par le parti au pouvoir. Le candidat de l’opposition refuse donc de reconnaître l’élection de Nicolas Maduro[4] avant que la totalité des voix ne soient recomptées. Bien que Nicolas Maduro ait accepté l’audit de l’ensemble des bulletins, le Venezuela pourrait être affecté par une période d’instabilité au cours des prochaines semaines. Des manifestations de l’opposition, pouvant être accompagnées de violences, sont ainsi susceptibles de se produire, en particulier à Caracas, pour contester les résultats électoraux.


[1] Coalition de partis d’opposition dont le centre de gravité est au centre-droit

[2] 141 000 membres des forces de sécurité avaient été déployés sur l’ensemble du territoire pour assurer le bon déroulement du vote et empêcher d’éventuels débordements.

[3] Bien qu’il soit le fondateur de Primero Justicia, un parti de droite, Henrique Capriles se définit désormais comme une personnalité de « centre-gauche ».

[4] Lors de la précédente élection présidentielle, en octobre 2012, Henrique Capriles avait immédiatement reconnu sa défaite face à Hugo Chávez. L’écart était alors plus important entre les deux candidats, de l’ordre de 11 points (55 contre 44%).

Hugo Chávez au-delà des clichés

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Il était un « dictateur », un « diable » ou un « illuminé » pour les uns. Pour les autres, c’était un « grand libérateur » et « le héros de l’anti-impérialisme ». Rarement une personnalité politique n’aura autant suscité la controverse qu’Hugo Chávez Frías, décédé le 5 mars dernier après avoir dirigé le Venezuela pendant 14 années.

Ces débats enflammés au sujet du leader de la « révolution bolivarienne » s’expliquent par son tempérament explosif, ses discours parfois radicaux et son goût prononcé pour la provocation. Ces controverses sont également dues au traitement médiatique qui lui était réservé, en particulier dans les pays dits « Occidentaux ». Ainsi, la plupart des grands médias n’ont eu de cesse de présenter la présidence d’Hugo Chávez sous un jour peu flatteur, se contentant de ressasser les mêmes thèmes (personnalisation du pouvoir, insécurité et alliances internationales douteuses) tout en passant sous silence ses réussites.  

Ces débats interminables autour de la personnalité d’Hugo Chávez ont empêché de dresser un bilan non-partisan de ce qui a été accompli au cours de ces 14 dernières années au Venezuela. Très peu de spécialistes se sont extirpés de ces controverses pour souligner aussi bien les grandes avancées qu’a connues ce pays depuis 1998 que les erreurs et les insuffisances des politiques menées par le “comandante“. 

Pour dresser un inventaire des années Chávez, il est très important de comprendre dans quel état se trouvait le Venezuela lorsque le “leader bolivarien” a été élu Président de la République en 1998.  

Avant Chávez

Au cours des 40 années précédentes, de 1958 à 1998, deux partis, l’Action Démocratique (AD, d’inspiration social-démocrate) et le Comité d’Organisation Politique Électoral Indépendant (COPEI, conservateur), se sont partagés le pouvoir et ont appliqué à partir de 1978 une politique économique ultralibérale (réduction des dépenses publiques, libéralisation des prix, suppression des subventions,…etc.) aux conséquences pour le moins néfastes. Ainsi, uniquement entre 1980 et 1987, le PIB par habitant du Venezuela baissa de 20% et l’extrême pauvreté dépassa les 50% de la population. En 1989, la libéralisation du marché des changes, des capitaux et des prix provoquèrent une hausse soudaine et brutale des prix (transport public, essence, blé, lait,…etc). Une révolte populaire éclata alors et embrasa l’ensemble du pays, en particulier Caracas, la capitale. Le Président Carlos Andrés Pérez (Action Démocratique) décréta l’état d’urgence et donna l’ordre à l’armée de réprimer ce mouvement de protestation sociale. 3 000 personnes moururent ou disparurent au cours de ce tragique événement, surnommé le « Caracazo », lequel marqua une rupture entre le peuple vénézuélien et les deux grands partis traditionnels. Trois ans plus tard, en 1992, Hugo Chavez tenta, avec un groupe de militaires partageant ses idéaux, de prendre le pouvoir par les armes. Il échoua et fut emprisonné. En 1994, le Président Rafael Caldera (COPEI), tout juste élu, le fit libérer à condition qu’il quitte l’institution militaire. De nouveau libre, Hugo Chávez créa en 1997 son propre parti politique, le Mouvement Cinquième République, avec lequel il se lança dans la campagne électorale présidentielle. Il fut élu Président en 1998 sur un programme de refonte de la République et d’opposition au néolibéralisme. Il s’apprêtait alors à assumer cette fonction pendant 14 années durant lesquelles le Venezuela allait connaître de profonds changements.

Les grandes avancées sociales

La plus grande réussite d’Hugo Chávez est sans conteste d’avoir amélioré de façon significative la situation sociale du Venezuela, en particulier le niveau de vie des classes populaires. Grâce aux revenus du pétrole[1], autrefois accaparés par une couche infime de la population, Hugo Chávez a financé des « missions », des programmes sociaux d’envergure[2], dans de nombreux domaines comme la santé, l’éducation, l’alimentation ou le logement.  Résultat, entre 1997 et 2011, le taux de pauvreté a chuté, passant de 49 à 27,4% de la population, et le Venezuela affiche désormais le niveau d’inégalités le plus faible de la région. Pour l’alimentation, la situation des secteurs les plus défavorisés s’est sensiblement améliorée grâce à la mise en place d’un réseau de magasins de distribution alimentaire de produits de base à des prix subventionnés dans les quartiers populaires. Concernant l’éducation, les résultats sont également positifs. Ainsi, l’illettrisme a été éradiqué dès 2005 grâce à une importante campagne d’alphabétisation. Par ailleurs, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur a connu une augmentation fulgurante, passant d’environ 750 000 en 1998 à 2,5 millions actuellement. Enfin, au niveau de la santé, d’importants progrès ont été réalisés grâce à la mise en place d’un réseau de prévention et de soins primaires, notamment dans les quartiers populaires où des comités de santé offrent gratuitement des consultations et des soins aux habitants.

Un bilan économique contrasté

Au niveau économique, le bilan est plus contrasté. D’un coté, le pays connait une forte croissance économique (5,5% en 2012) et le taux de chômage a été sensiblement réduit (7,3% en 2012 contre 16,1% en 1999). Cependant, le Venezuela fait face à une inflation galopante (supérieure à 20% au cours des dernières années), en raison notamment des dévaluations fréquentes du “bolivar”, la monnaie locale. En outre, le Venezuela demeure extrêmement dépendant au pétrole, lequel représente 94 % des exportations et la moitié du budget de l’État. L’un des principaux reproches qui peut être adressé à Hugo Chávez concerne ainsi son incapacité à diversifier l’économie du Venezuela. En revanche, l’ancien occupant du Palais de Miraflores (l’Elysée locale) ne peut pas être objectivement accusé d’avoir mis en place une politique économique “communiste” voire “bolchévique” comme l’affirme certains. En effet, s”il a encouragé la création de coopératives, Hugo Chavez n’a pas aboli le système capitaliste au Venezuela, un pays où le secteur privé produit toujours la plus grande part du PIB.

Le Venezuela, une dictature ?

Au niveau politique, contrairement à ce que peuvent laisser entendre certains médias, le Venezuela de Chávez est loin de s’apparenter à une dictature. Contrairement à des pays comme l’Arabie Saoudite, la Corée du Nord ou Cuba, la majorité des radios et des chaînes de télévision du Venezuela sont privées et majoritairement aux mains de l’opposition. Par ailleurs, au cours des 14 dernières années, 15 élections ont été organisées dont 4 présidentielles. La transparence de ces scrutins a été soulignée par tous les observateurs, y compris par l’Union Européenne, l’Organisation des États Américains et le Centre Carter. En outre, la nouvelle Constitution de 1999 inclut un mécanisme de destitution du Président de la République, le référendum révocatoire de mi-mandat, chose peu commune pour un régime dictatorial (et même pour les démocraties européennes). En 2004, l’opposition parvint à réunir un nombre suffisant de signatures (c’est à dire 20% de l’électorat) pour organiser cette procédure. 59% des Vénézuéliens se prononcèrent contre la révocation du “leader bolivarien“. Deux ans plus tôt, cette même opposition, que l’on présente comme « modérée » et « d’inspiration centriste » voire « social-démocrate » en Europe, avait fomenté, avec l’appui des États-Unis, un coup d’Etat contre Hugo Chávez. Brièvement emprisonné, le Président vénézuélien fut libéré par des militaires loyalistes et rétablit dans ses fonctions.

L’augmentation de la violence

L’un des principaux points noirs du bilan d’Hugo Chávez concerne la situation sécuritaire. Avec 56 homicides pour 100 000 habitants en 2012, le Venezuela affiche le taux de meurtres le plus élevé de la planète derrière le Honduras. A titre de comparaison, le Mexique, pays particulièrement affecté par les affrontements entre cartels de la drogue, présente un taux d’homicides de « seulement » 24 pour 100 000 habitants. La situation du Venezuela apporte un démenti cinglant au consensus des experts affirmant que les courbes de la criminalité suivent d’assez près celle des indicateurs socio-économiques. Dans ce pays, le taux d’homicides a augmenté sensiblement[3] alors que dans le même temps le taux de pauvreté a nettement diminué. Cette détérioration de la situation sécuritaire s’explique en grande partie par la prolifération des armes à feu et la corruption généralisée au sein de la police du pays, ou plutôt des nombreuses polices du pays (polices des États, polices municipales, corps spécialisés et Garde nationale). Ainsi, 20% des délits recensés au Venezuela impliquent des policiers et 1 membre sur 4 de la police métropolitaine de Caracas fait l’objet d’une enquête.

Les controverses de la politique étrangère

Enfin, la politique étrangère est peut être le sujet le plus controversé du bilan d’Hugo Chávez. D’un coté, le Venezuela bolivarien a constitué, avec d’autres pays alliés, un contrepoids et une alternative au modèle libéral porté par le camp occidental, en particulier par les États-Unis. La manne pétrolière a également permis à Hugo Chávez de soutenir le camp des progressistes en Amérique latine. Le soutien du “comandante” a ainsi aidé des pays comme la Bolivie et l’Équateur à s’émanciper progressivement des politiques impérialistes américaines. D’un autre coté, cet anti-impérialisme a souvent été la caractéristique la plus recherchée par le Président vénézuélien chez ses homologues étrangers, ce qui l’a amené à se rapprocher d’authentiques dictateurs comme Mouammar Kadhafi, Alexandre Loukachenko ou Bachar el-Assad. Des dirigeants qui n’hésitent pas à réprimer, dans leur pays respectif, des organisations sociales et politiques se réclamant, comme Chávez, d’un idéal politique émancipateur et d’une idéologie socialiste. Cette stratégie « campiste » s’est révélée contreproductive et a largement contribué à brouiller l’image de Chávez dans le monde, faisant de lui « l’ami des dictateurs ».

Malgré cela, le bilan de Chávez reste globalement positif. Ce constat est d’ailleurs partagée par la majorité des Vénézuéliens qui l’ont élu à quatre reprises à la Présidence de la République avec à chaque fois une avance conséquente sur son principal opposant (55% pour Chávez contre 44,3% pour Henrique Capriles lors de l’élection présidentielle d’octobre 2012). Au delà de l’amélioration des conditions de vie des classes populaires vénézuéliennes, Hugo Chávez a montré dans les faits qu’une alternative au modèle ultralibéral était possible. Ses réalisations et la façon dont il a changé en profondeur le Venezuela apporte également un démenti à un courant de pensée très en vogue aujourd’hui, affirmant que le pouvoir politique n’a plus véritablement de marge de manœuvre. 


[1] Le Venezuela est actuellement le 12ème producteur de pétrole à l’échelle mondiale et dispose des plus importantes réserves de la planète.

[2] Les dépenses sociales ont été multipliées par deux, passant de 11,33% du PIB en 1998 à 22,8% du PIB en 2011

[3] Ce taux était de 22 pour 100 000 habitants en 1994.