Mexique : Légère baisse de la violence

Image

Les Etats de Chihuahua (Nord), Sinaloa (Nord-ouest) et Guerrero (Ouest) demeurent les régions les plus violentes du pays.

La guerre des chiffres

Selon le journal Milenio, 902 personnes auraient été tuées en mai dans des violences liées au crime organisé, soit une diminution de 2% par rapport au mois précédent[1]. Il s’agit par ailleurs du total le plus faible depuis octobre 2012 (888 cas).

S’ils sont intéressants, ces chiffres ne prennent cependant pas en compte la totalité des homicides commis sur le territoire national. Les autorités procèdent d’ailleurs de la même manière lorsqu’elles présentent les statistiques liées à la violence. Ainsi, le 10 mai dernier, le gouvernement déclara triomphalement que 5 296 homicides « dolosos »[2] avaient été observés au cours des 5 mois suivant l’investiture d’Enrique Peña Nieto, entre décembre 2012 et avril 2013, soit une réduction de 18% par rapport aux 5 mois précédents[3]. Le magazine Zeta accuse cependant les autorités de manipuler les chiffres, en ne prenant pas en compte l’ensemble des assassinats commis au Mexique. Ce journal basé à Tijuana indique ainsi que 8 049 meurtres au total[4] ont été rapportés entre décembre 2012 et avril 2013, soit en réalité une baisse de seulement 5% par rapport aux 5 derniers mois de l’administration Calderon.

Des tendances différentes selon les régions

La baisse de 2% des homicides liés au crime organisé observée en mai au niveau national cache en réalité de fortes disparités régionales. En effet, si certains Etats tels que le Michoacán (Ouest), le Coahuila (Nord) et le Tamaulipas (Nord-est) ont enregistré une diminution significative des exécutions, les trois régions les plus violentes du pays, le Chihuahua, le Sinaloa et le Guerrero, ont connu une nouvelle hausse sensible de la violence.

Le Chihuahua (Nord) est une région frontalière avec les Etats-Unis où se trouve la localité de Ciudad Juarez, considérée en 2010 comme la ville la plus dangereuse du monde. 188 meurtres en relation avec le crime organisé ont été rapportés dans cet Etat le mois dernier, soit le niveau de violence le plus élevé depuis août 2012. Cette augmentation des assassinats serait principalement la conséquence de conflits internes à la Fédération du Sinaloa, l’organisation criminelle dominante dans la région, ainsi que des affrontements entre cette dernière et d’autres groupes mafieux tels qu’El Nuevo Cártel de Juárez.

Les deux autres régions ayant enregistré le plus d’homicides liés au crime organisé le mois dernier sont le Sinaloa (Nord-ouest) et le Guerrero (Ouest). Avec 119 cas, le premier enregistre son niveau de violence le plus élevé depuis mai 2012. Le Guerrero, où se trouve la célèbre station balnéaire d’Acapulco, fait également face à un nouveau pic de violence avec 97 exécutions.


[1] Au cours duquel 919 meurtres avaient été rapportés.

[2] Pour le gouvernement, les homicides « dolosos » incluent les meurtres de fonctionnaires (au niveau national, régional et municipal) et les décès liés à des délits fédéraux et aux affrontements entre groupes criminels. Les autres assassinats ne sont pas inclus dans cette catégorie.

[3] 6 432  homicides « dolosos » avaient été commis entre juillet 2012 et novembre 2012 selon les autorités.

[4] Le gouvernement a par la suite confirmé ce chiffre, affirmant qu’un total de 8 055 homicides avait été enregistré durant cette période.

Honduras : trêve entre les Maras

Image

La trêve conclue hier entre la Mara Salvatrucha (MS-13) et Mara 18 (M-18) pourrait entraîner une amélioration significative de la situation sécuritaire au Honduras, l’un des pays les plus dangereux à l’échelle mondiale.

Les faits

La prison de San Pedro Sula, la capitale économique du Honduras, a été hier le théâtre d’un événement capital pour l’avenir du pays. Des représentants des deux principales Maras[1] du pays, la MS-13 et la M-18, incarcérés au sein de cet établissement pénitencier, ont en effet annoncé une trêve entre leur organisation respective ainsi que l’arrêt immédiat, au niveau national, des meurtres et du recrutement de nouveaux membres[2].

Au cours de leur allocution, les représentants des Maras ont fait par de leur souhait de voir le gouvernement les aider à pérenniser cet accord, ce qui laisse penser que ces organisations criminelles attendent des concessions de la part des autorités, notamment la mise en place de programmes de réinsertion, l’amélioration des conditions carcérales et la diminution des violences policières. Le Président Porfirio Lobo (droite conservatrice) a pour sa part assuré que son gouvernement soutiendrait cette trêve négociée sous l’égide de Monseigneur Rómulo Emiliani, l’évêque de San Pedro Sula.

Une situation sécuritaire alarmante

La situation sécuritaire au Honduras a atteint un niveau alarmant au cours des dernières années. Avec 85 homicides pour 100 000 habitants[3], le Honduras est désormais le pays le plus violent à l’échelle mondiale, loin devant d’autres nations à la réputation pourtant sulfureuse comme la Colombie (31 meurtres pour 100 000 habitants) et le Mexique (24). Par ailleurs, San Pedro Sula, le seconde localité du Honduras, a été désignée comme la ville la plus dangereuse du monde en 2012 alors que Tegucigalpa, la capitale, se classe 4ème.

S’il est certain que les causes de la violence au Honduras sont multiples[4], la présence massive des Maras (plus de 30 000 membres dans le pays) constitue probablement le problème majeur. En effet, ces gangs de rues, dont l’influence est particulièrement importante dans les quartiers défavorisés, s’affrontent pour le contrôle du marché local de la drogue et de l’extorsion, provoquant chaque année la mort de plusieurs milliers de personnes.

Un trêve à consolider

Si la trêve entre les deux principales Maras est incontestablement une excellente nouvelle pour le Honduras, des interrogations demeurent néanmoins.

La principale concerne la solidité de cet accord. La MS-13 et la M-18 respecteront-ils la trêve sur le long terme ? Ou est ce que ces organisations criminelles reprendront leur guerre ouverte au premier incident ?

Au vue de l’exemple salvadorien, l’espoir est permis. Dans ce pays, frontalier avec le Honduras, les homicides ont diminué de 41% en 2012 par rapport à l’année précédente grâce à une trêve conclue entre les deux principales Maras[5]. Même si des règlements de compte localisés sont encore observés, ces gangs de rue se sont jusqu’à présent abstenus de reprendre les hostilités au niveau national. En janvier 2013, le processus de trêve entre les Maras du Salvador est même rentré dans une seconde phase avec l’instauration des « municipalités sans violence », des territoires où les gangs se sont engagés à arrêter toute activité criminelle et à déposer les armes.

Une autre interrogation majeure concerne le rôle des autorités : quel rôle le Président hondurien Porfirio Lobo est-il véritablement prêt à jouer dans ce processus ? Et quel attitude adoptera son successeur ? (les élections présidentielles ont lieu en novembre 2013 et l’actuel Président ne peut se représenter).

Au Salvador, les autorités, après avoir gardé pendant plusieurs mois, au moins publiquement, une distance vis-à-vis des négociations, semblent vouloir assumer davantage de responsabilités. Ainsi, au cours du mois d’avril, le Président Mauricio Funes a affirmé que le gouvernement devait répondre à certaines demandes des leaders de Maras afin de rendre la trêve pérenne. Peu après, au début du mois de mai, il annonçait des fonds supplémentaires pour la réinsertion des membres des gangs de rues dans la société. Le gouvernement hondurien saura-t-il prendre des mesures pour préserver la trêve entre les Maras et, éventuellement, contribuer à l’instauration d’une paix durable?


[1] Les Maras sont des gangs de rues ultraviolents principalement composés d’adolescents et de jeunes adultes. Ces groupes ont été formés dans les années 1980 en Californie (Etats-Unis) par des immigrés salvadoriens fuyant la guerre civile dans leur pays avec comme objectif initial de se défendre face aux gangs afro-américains et hispaniques. Progressivement, les Maras sont devenues des organisations criminelles se consacrant au trafic de drogue, à l’extorsion, à la prostitution forcée, au trafic de personnes et au meurtre. Profitant de l’expulsion de criminels salvadoriens vers leur pays d’origine, ordonnée par les autorités américaines, les Maras se sont progressivement développées dans toute l’Amérique centrale, en particulier dans les pays du Triangle Nord (Honduras, Salvador, Guatemala).

[2] En revanche, ces deux organisations criminelles ne se sont pas engagées à arrêter certaines activités criminelles telles que l’extorsion.

[3] En 2012.

[4] Notamment le haut niveau de pauvreté (67% de la population, le taux le plus élevé du continent), la faiblesse des institutions, la corruption endémique, le nombre élevé d’armes en circulation et la présence grandissante des cartels mexicains.

[5] Cette trêve a été signée en mars 2012 sous l’égide d’un aumônier de l’armée.

Colombie : premier accord entre le gouvernement et les FARC

Image

Un accord a été trouvé hier sur la question agraire, l’un des principaux points de désaccord entre les autorités et la guérilla d’inspiration marxiste depuis près d’un demi-siècle.

Les faits

Les délégations du gouvernement colombien et des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) ont annoncé hier, dans une déclaration commune, avoir trouvé un accord prévoyant des transformations radicales concernant la question agraire et le développement rural. Des engagements ont notamment été pris sur la création d’un fond spécial[1] permettant l’accès et l’usage de la terre par le plus grand nombre, l’encouragement des activités agropastorales, le développement des infrastructures en milieu rural ainsi que la mise en place de plans sociaux dans les domaines du logement, de la santé et de l’éducation. Ces mesures ne s’appliqueront cependant qu’en cas d’accord de paix final entre les deux camps.

Après l’annonce de cette entente, le Président colombien, Juan Manuel Santos, a immédiatement salué un « pas fondamental vers un accord complet mettant fin à un demi-siècle de conflit » alors que ses homologues vénézuélien et bolivien ont qualifié d’ « historique » cet événement.

Le problème de la terre en Colombie

Les questions liées à la répartition des terres et au développement rural sont à l’origine du conflit armé en Colombie. En effet, les FARC ont été créées, dans les années 1960, comme une guérilla rurale, issue des zones d’autodéfense paysannes, ayant comme objectif principal la redistribution des terres à ceux qui les cultivent. Aujourd’hui encore, la Colombie demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde dans ce domaine, 1% des propriétaires possédant en effet la moitié des terres cultivables.

La suite des négociations

Le gouvernement colombien et les FARC négocient depuis le 19 novembre à La Havane (Cuba) pour tenter de mettre un terme à un conflit armé vieux d’un demi-siècle et responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes[2]. Alors que les pourparlers ont jusqu’à présent été principalement consacrés à la question agraire, le prochain cycle des négociations, qui débutera le 11 juin, portera sur la participation politique des FARC en cas d’accord final. Par la suite, les deux délégations devront également s’entendre sur la lutte contre le trafic de drogue[3], les droits des victimes et la fin des hostilités.

En attendant un éventuel accord final, le conflit armé continue en Colombie. 3 soldats ont ainsi été tués et 3 autres blessés jeudi dernier au cours d’un affrontement entre l’armée et les FARC dans le département d’Antioquia (Nord-ouest).


[1] Dont le nom est « fondo de tierras para la paz ».

[2] Environ 600 000 personnes assassinées selon une estimation du gouvernement en septembre 2012.

[3] Les FARC jouent désormais un rôle majeur dans la production et le trafic de drogue en Colombie.

Colombie : Attaque meurtrière contre les forces de sécurité

Image

L’armée colombienne a été la cible mercredi d’une attaque particulièrement meurtrière menée par l’Armée de Libération Nationale (ELN).

 

Les faits

34 soldats colombiens ont été attaqués mercredi à l’aube par des membres de l’Armée de Libération Nationale à El Caguey, une zone rurale de la municipalité de Chitaga (département de Norte de Santander, Nord-est). Selon le dernier bilan officiel, 10 militaires ont été tués, ce qui fait de cette action subversive l’attaque la plus meurtrière commise cette année par une organisation rebelle en Colombie. 11 soldats ont également été blessés et un autre capturé par des membres de l’ELN.

L’Armée de Libération Nationale

L’Armée de Libération Nationale, le deuxième groupe rebelle d’extrême-gauche le plus important du pays après les FARC, a été fondée en 1964 en s’inspirant de l’exemple de la révolution cubaine qui a porté Fidel Castro au pouvoir en 1959. L’ELN a été pendant plusieurs décennies une véritable guérilla d’inspiration marxiste-léniniste dénonçant les inégalités sociales et prônant la prise de pouvoir par les masses populaires. Dans les années 1990, ce groupe, considéré comme terroriste par plusieurs pays (Colombie, Etats-Unis, Canada et Union Européenne), s’est scindé entre le Front Domingo Lain, qui refuse toute négociation de paix et le Courant de Rénovation Socialiste, qui a cessé la lutte armée. Les guérilléros de l’ELN, qui seraient aujourd’hui environ 1 500[1], sont principalement présents dans les départements de Norte de Santander, Arauca, Cesar, Antioquia, Cauca, Nariño et Valle del Cauca ainsi que dans le sud du département de Bolívar. Sur le modèle des FARC, les rebelles de l’ELN ont en partie délaissé la lutte idéologique au cours de la dernière décennie pour se consacrer principalement à des activités criminelles comme le narcotrafic[2], l’extorsion et l’enlèvement.

Le processus de paix

Bien que l’ELN ait fait part à plusieurs reprises de sa disposition à entamer un dialogue avec les autorités, cette organisation n’a pour le moment pas été conviée aux négociations de paix qui se déroulent depuis novembre dernier à La Havane entre le gouvernement colombien et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

L’augmentation des actions subversives menées par l’ELN au cours des derniers mois, en particulier les attaques meurtrières contre les forces de sécurité et les kidnappings de ressortissants étrangers, pourrait être un moyen de pression utilisé par cette organisation pour être admis à la table des négociations.


[1] Contre 4 000 membres à la fin des années 1990 selon un rapport du ministère de la défense colombien publié en décembre 2012.

[2] Les bénéfices générés par le narcotrafic seraient d’ailleurs à l’origine de la résurgence de l’ELN au cours des dernières années.

Mexique : Quels sont aujourd’hui les principaux cartels ?

ImageLorsqu’ils abordent la question du narcotrafic au Mexique, les médias français usent et abusent du terme « cartel », sans toutefois approfondir cette notion, si bien que de nombreuses interrogations demeurent en suspens : Quels sont aujourd’hui les principaux cartels mexicains ? Sont-ils similaires ou présentent-ils chacun des particularités ? Quels territoires contrôlent-ils ? Éléments de réponses dans cet article.

 

L’évolution du narcotrafic au Mexique au cours des dernières années

 Depuis quelques années, le nombre d’organisations criminelles liées au trafic de drogues ne cesse d’augmenter au Mexique. La guerre entre les narcotrafiquants mais aussi et surtout la stratégie anti-criminalité du gouvernement, basée sur la militarisation du conflit et l’élimination des chefs des cartels, ont provoqué une fragmentation du crime organisé.

Le cas de l’organisation Beltran-Leyva illustre parfaitement ce phénomène. Entre 2008 et 2009, les forces de sécurité mexicaines neutralisèrent ses deux principaux dirigeants, l’un étant arrêté et l’autre abattu. Privé de ses leaders, l’organisation Beltran-Leyva, autrefois très influente, déclina rapidement. Pire, le cartel dut faire face à des scissions internes, certains chefs régionaux décidant de créer leur propre organisation. La décapitation du clan Beltran-Leyva entraîna notamment une fragmentation du crime organisé à Acapulco[1] c’est à dire l’émergence de plusieurs bandes criminelles (rivales) dans cette ville.

En 2006, six cartels majeurs dominaient la quasi-totalité du trafic de drogues au Mexique[2]. Désormais, le nombre de groupes criminels liés au narcotrafic s’élèverait à environ 70, la majorité étant des petites et moyennes organisations. L’émergence de nombreuses bandes locales, issues notamment de scissions avec d’importants cartels, est particulièrement visible dans les Etats du Guerrero (Ouest) et de Jalisco (Ouest), deux régions où la situation sécuritaire est particulièrement précaire.

Cependant, malgré la fragmentation du crime organisé, plusieurs cartels conservent encore une influence nationale, certains d’entres eux poursuivant même leur expansion. Analyse des 5 principales organisations criminelles mexicaines liées au narcotrafic.

La Fédération du Sinaloa

 La Fédération du Sinaloa est considérée aujourd’hui comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes à l’échelle mondiale, la première au niveau mexicain. Le nom de « Fédération » s’explique par le fait que plusieurs organisations alliées mais gardant cependant un certain degré d’autonomie composent ce cartel dirigé par le célèbre Joaquín « El Chapo » Guzmán, classé 55ème dans le classement Forbes 2011 des personnalités les plus puissantes du monde, devant le Président mexicain de l’époque, Felipe Calderón.

Le succès de la Fédération du Sinaloa s’explique en partie par sa capacité de corruption. Ce cartel est en effet l’organisation criminelle bénéficiant aujourd’hui du plus grand nombre de soutiens parmi les dirigeants politiques, les décideurs économiques et les forces de sécurité du pays. Alors que la plupart de ses rivaux ont essuyé de lourdes pertes au cours des dernières années, la Fédération du Sinaloa a été relativement épargnée par les autorités, au point que plusieurs personnalités ont accusé l’administration Calderón (2006-2012) de protéger ce cartel.

Cette organisation criminelle bénéficie également d’une image « plus respectable » que certains de ses rivaux, notamment les Zetas. La réputation de la Fédération du Sinaloa veut en effet que ce cartel privilégie la corruption plutôt que les balles, les alliances plutôt que les conflits. Au cours des dernières années, le groupe d’El Chapo Guzmán a cependant participé à des affrontements particulièrement longs et sanglants, notamment pour le contrôle de la ville frontalière de Ciudad Juarez[3].

Au niveau de l’implantation géographique, la Fédération du Sinaloa opère dans environ 17 Etats mexicains, principalement dans l’ouest et le nord du pays, et contrôle une grande partie de la frontière allant de Tijuana à Ciudad Juarez. Ce cartel est par ailleurs l’organisation criminelle mexicaine la plus influente sur la scène continentale, avec une présence importante en Amérique centrale (Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras et Guatemala), en Amérique du Sud (Colombie, Pérou, Paraguay et Argentine) et dans les Caraïbes (République Dominicaine). Par ailleurs, la Fédération du Sinaloa est présente aux Etats-Unis où elle collabore avec de nombreuses pandillas[4]. Enfin, la présence de ce cartel a été détectée dernièrement dans plusieurs pays d’Europe[5], d’Afrique et d’Asie.

Les Zetas

Outre la Fédération du Sinaloa, l’autre organisation criminelle mexicaine ayant actuellement une influence nationale et internationale est le cartel des Zetas.

Ce groupe mafieux présente la particularité d’avoir d’abord été conçu comme une force paramilitaire faisant office de bras armé pour le cartel du Golfe, avant de devenir autonome[6]. A la différence des autres organisations criminelles du pays, les Zetas ont été constitués par des déserteurs de l’armée mexicaine, notamment par d’anciens soldats d’élite, ce qui confère à ce groupe une solide discipline interne et une maîtrise des techniques militaires[7].

Les Zetas se considèrent d’ailleurs d’avantage comme une organisation militaire dont le but est de contrôler un territoire plutôt que comme un groupe de narcotrafiquants. Ainsi, l’objectif prioritaire de ce cartel est de prendre possession d’une zone géographique et d’obliger tous les acteurs criminels[8] y opérant à payer une sorte d’impôt. Ainsi, les Zetas n’ont pas à établir eux-mêmes les infrastructures liées aux activités criminelles, notamment en ce qui concerne le trafic de drogues.

Contrairement à la Fédération du Sinaloa, qui a choisi d’adopter un « profil discret », le cartel des Zetas est considéré comme l’une des organisations criminelles les plus brutales à l’échelle mondiale. Les atrocités (décapitations, tortures, attentats contre les forces de sécurité,…etc.) sont en effet devenues la marque de fabrique de ce groupe qui utilise la terreur comme un moyen psychologique pour prendre l’avantage sur ses rivaux et intimider les autorités. A cause du recours quasi-systématique à la violence extrême, les Zetas sont devenus l’ennemi public numéro un pour une partie importante de la population mexicaine mais également pour le gouvernement.

Au niveau géographique, les Zetas ont connu un essor considérable au cours des dernières années, au point de devenir l’organisation criminelle dominante dans l’est du Mexique[9] et d’avoir une présence dans environ 17 Etats du pays. Par ailleurs, cette organisation paramilitaire-mafieuse est également présente en Amérique centrale, plus particulièrement au Guatemala où elle participe activement à la dégradation du contexte sécuritaire local.

Le cartel du Golfe (CDG)

 Le cartel du Golfe, la plus ancienne organisation criminelle mexicaine liée au narcotrafic, dominait autrefois les régions de l’est du pays. Mais depuis plusieurs années, ce groupe mafieux a été considérablement affaibli par les opérations des forces de sécurité[10] et le conflit avec son ancien bras armé, les Zetas. Par ailleurs, le CDG fait face depuis plusieurs mois à d’importantes divisions, deux factions d’affrontant en effet pour le leadership du cartel. Cette lutte interne serait notamment la cause du pic de violence observé en mars dernier à Reynosa (Tamaulipas, Nord-est).

Le nombre de territoires dominés par le cartel du Golfe a donc sensiblement diminué au cours des dernières années. Cette organisation criminelle demeure néanmoins influente dans le nord-est du Mexique, notamment dans l’Etat du Tamaulipas où elle contrôle les villes frontalières de Reynosa et Matamoros[11]. Le CDG est également présent en Amérique centrale comme en témoigne la capture récente[12], par les forces de sécurité costaricaines, d’un important membre de ce cartel chargé de superviser l’envoie de cocaïne du Panama jusqu’au Mexique.

Les Chevaliers Templiers (Knights Templar)

 Cette organisation criminelle est un cas particulier dans l’univers du narcotrafic au Mexique. Comme la Familia Michoacana, dont ils sont issus, les Chevaliers Templiers se présentent comme un groupe de défense du peuple[13] d’inspiration religieuse.

Les références à la religion et à l’histoire sont en effet la principale particularité de ce cartel. Le nom du groupe fait ainsi référence à un ordre militaro-religieux chrétien fondé au 12ème siècle et dont l’objectif était d’assurer la sécurité des pèlerins en Terre Sainte. Les membres des Chevaliers Templiers doivent également prendre part à des cérémonies d’initiation durant lesquelles les participants portent des tenues évoquant les chevaliers du moyen-âge. En 2011, cette organisation distribua aux habitants de Morelia (Etat de Michoacán, Ouest) un livret intitulé « Code de l’honneur des chevaliers templiers du Michoacán», un document mélangeant un code de l’honneur mafieux avec la mythologie « templière ». Enfin, au cours de l’année suivante, ce cartel déclara un cessez-le-feu durant la visite de Benoit XVI au Mexique.

Au vu de l’expansion des Chevaliers Templiers au cours des dernières années, l’utilisation de symboles liés à la religion et à la mythologie s’est avérée être une véritable réussite. Ainsi, comme l’affirme le journaliste britannique Ioan Grillo, spécialiste du narcotrafic, « les aspects spirituels servent de ciment pour renforcer la discipline de l’organisation. Toute idéologie, aussi bizarre qu’elle soit, confère à un gang la direction et la justification de tout ce qu’il fait. Ils ne mènent pas simplement une guerre, cela devient une guerre sainte ».

En se présentant comme un groupe d’inspiration chrétienne luttant contre l’injustice et le vice, les Chevaliers Templiers ont également cherché à se démarquer des autres organisations criminelles et à obtenir les faveurs de la population locale. Ce groupe finance d’ailleurs de nombreux projets dans le Michoacán (notamment la construction de routes et d’écoles), ce qui lui assure le soutien d’une partie des habitants de la région.

Mais derrière ces apparences, la réalité est implacable. Les Chevaliers Templiers sont avant tout un groupe mafieux se consacrant à diverses activités criminelles[14] et capable de commettre les pires atrocités. Au cours des dernières années, ce cartel s’est étendu au niveau géographique. Outre son fief du Michoacán, il est désormais présent dans d’autres régions du centre et de l’ouest du Mexique comme le Guanajuato, le Morelos, le Guerrero et l’Etat de Mexico.

Le Cartel de Jalisco Nueva Generación (CJNG)

 Le Cartel de Jalisco Nueva Generación est probablement l’organisation criminelle mexicaine dont le développement a été le plus rapide au cours des deux dernières années. Cette organisation criminelle, qui agissait auparavant comme bras armé de la Fédération du Sinaloa[15], serait désormais le 3ème cartel le plus important du pays selon Insight Crime, le site de référence sur la criminalité en Amérique latine.  Outre son fief du Jalisco (Ouest), le CJNG est en effet présent dans les Etats de Colima (Ouest), de Nayarit (Ouest), du Michoacán (Ouest), de Guanajuato (Centre) et de Veracruz (Est).

Alors que le Cartel de Jalisco Nueva Generación faisait auparavant des Zetas leur cible prioritaire, ce cartel s’estime désormais assez puissant pour s’attaquer à d’autres organisations criminelles. Au début de l’année, des affrontements particulièrement meurtriers ont ainsi opposés le CJNG aux Chevaliers Templiers pour le contrôle de la zone limitrophe entre les Etats de Michoacán et de Jalisco.

Les alliances

 L’histoire des cartels de la drogue au Mexique est faite d’alliances, de trahisons et de retournements de situation. Actuellement, la coalition de narcotrafiquants la plus puissante du Mexique est composée de la Fédération du Sinaloa, des Chevaliers Templiers et du cartel du Golfe. Les Zetas seraient pour leur part alliés avec l’organisation Beltran-Leyva. Enfin, le Cartel de Jalisco Nueva Generación ne semble pas avoir établi d’alliance particulière à l’heure actuelle.

Pour plus d’informations sur la narco-criminalité au Mexique : http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-narco-criminalite-mexique.html


[1] Acapulco était l’un des bastions de l’organisation Beltran-Leyva.

[2] Parmi ces cartels, l’organisation Beltran-Leyva, le cartel de Tijuana, le cartel de Juarez et la Familia Michoacana ont connu un importants déclin et ne font plus partie aujourd’hui des organisations criminelles dominantes même si elles restent actives dans certains régions. Les deux autres groupes mafieux, la Fédération du Sinaloa et le cartel du Golfe, conservent pour leur part une influence nationale.

[3] Un affrontement contre le cartel de Juarez qui a culminé en 2010 et au terme duquel la Fédération du Sinaloa est sorti vainqueur.

[4] Des gangs de rue composés d’hispaniques se consacrant principalement à la vente de drogues au détail.

[5] Notamment en Espagne où plusieurs membres présumés de la Fédération du Sinaloa on été arrêtés.

[6] En 2010, le cartel du Golfe et les Zetas se séparèrent et entrèrent en conflit.

[7] Cependant, la proportion d’anciens militaires tend à diminuer au sein des Zetas. Ce cartel, comme ses rivaux, a en effet de plus en plus recours aux membres des gangs de rues.

[8]  Trafiquants de drogues, trafiquants de personnes, voleurs, kidnappeurs, contrebandiers,…etc

[9] De la frontière avec le Guatemala jusqu’à la ville de Nuevo Laredo (Nord-est), l’un des plus importants points de passage entre le Mexique et les Etats-Unis.

[10] Plusieurs leaders du cartel du Golfe ont ainsi été capturés ou éliminés au cours des dernières années, principalement par les forces de sécurité mais également par des cartels rivaux.

[11] Le CDG est implanté depuis plusieurs décennies dans ces deux localités et bénéficie du soutien d’une partie de la population locale.

[12] En juillet 2012.

[13] Les Chevaliers Templiers se présentent ainsi régulièrement comme les défenseurs du peuple de l’Etat du Michoacán (Ouest), son fief historique.

[14] Principalement le trafic de drogues et l’extorsion.

[15] Depuis l’année dernière, le CJNG est indépendant vis-à-vis de la Fédération du Sinaloa.

Salvador : l’espoir d’une trêve durable

Image

L’Amérique centrale est toujours présentée comme une zone géographique en proie à d’insurmontables problèmes sécuritaires. Pourtant, depuis l’année dernière, un pays de la région, le Salvador, a vu son taux d’homicides diminuer de manière significative. Comment expliquer ce phénomène ?

Les Maras, première cause de violence au Salvador

Jusqu’en 2012, le Salvador, petite nation d’à peine 7 millions d’habitants, était connu pour être l’un des pays les plus dangereux à l’échelle mondiale[1], principalement à cause de la guerre sans merci que se livraient les Maras, des gangs de rue ultraviolents, pour le contrôle du marché local de la drogue et de l’extorsion.

L’histoire des Maras

Les Maras ont été formés dans les années 1980 en Californie (Etats-Unis) par des immigrés salvadoriens fuyant la guerre civile dans leur pays avec comme objectif initial de se défendre face aux gangs afro-américains et hispaniques. Progressivement, les Maras sont devenues des organisations criminelles se consacrant au trafic de drogue, à l’extorsion, à la prostitution forcée, au trafic de personnes et au meurtre. Profitant de l’expulsion de criminels salvadoriens vers leur pays d’origine, ordonnée par les autorités américaines, les Maras se sont également développées dans toute l’Amérique centrale. Ainsi, dans les pays du Triangle Nord (Honduras, Salvador, Guatemala) et dans une bien moindre mesure au Panama, au Costa Rica, au Nicaragua et au Mexique, les Maras ont trouvé des milliers de recrues dans les nombreux quartiers défavorisés. Au Salvador, la police estime que plus de 64 000 personnes ont rejoint les rangs de ces gangs.

La trêve historique de mars 2012

Alors que la situation sécuritaire n’a cessé de se dégrader au cours des dernières années au Salvador, un événement historique est venu inverser la courbe des homicides en mars 2012 : Sous l’égide d’un aumônier de l’armée, Fabio Colindres, les deux plus puissantes organisations criminelles du pays, la Mara 18 (M-18) et la Mara Salvatrucha (MS-13), conclurent une trêve[2][3]. La conséquence de cet accord fût immédiate : Une réduction de 41% des homicides fut constatée au niveau national en 2012 par rapport à l’année précédente.

Les “municipalités sans violence”, la deuxième phase de la trêve

En janvier 2013 commença la seconde phase du processus de trêve entre les Maras avec l’instauration du programme « municipalités sans violence ». La M-18 et la MS-13 annoncèrent l’arrêt de toute activité criminelle dans 4 localités du pays : Sonsonate (département de Sonsonate, Ouest), Ilopango (département de San Salvador, Centre-ouest), Quezaltepeque et Santa Tecla (département de La Libertad, Centre-ouest). Les membres de ces organisations criminelles s’engagèrent par ailleurs à déposer leurs armes et prendre part à des programmes de réinsertion sociale dans les municipalités concernées.

A l’heure actuelle, cette seconde phase se poursuit. Ainsi, des leaders des Maras et des médiateurs ont annoncé cette semaine que la ville de Nueva Concepcion (département de Chalatenango, Nord-ouest) était devenue la 9ème « municipalité sans violence » du pays.

Au niveau du nombre d’homicides, cette seconde étape semble efficace. Les autorités ont ainsi annoncé une diminution des meurtres de 45% entre janvier et avril 2013 par rapport à la même période de l’année précédente.

Quel est le rôle du gouvernement ?

Si cette trêve se révèle globalement positive jusqu’à présent, d’importantes zones d’hombres demeurent néanmoins. Il est ainsi très difficile de cerner le rôle du gouvernement tout comme les contreparties accordées aux leaders des Maras. Critiqué par une partie de la population[4] qui l’accuse de vouloir pactiser avec le crime organisé, le gouvernement salvadorien dirigé par Mauricio Funes[5] a longtemps assuré qu’il cherchait uniquement à faciliter la trêve entre les Maras et non à négocier avec ces dernières. Cependant, après avoir gardé pendant plusieurs mois, au moins publiquement, une distance vis-à-vis des négociations, les autorités semblent vouloir assumer davantage de responsabilités. Ainsi, au cours du mois d’avril, le Président Funes a affirmé que le gouvernement devait répondre à certaines demandes des leaders de Maras afin de rendre la trêve pérenne. Selon le journal salvadorien El Faro, le vice-ministre de la Sécurité Publique, Douglas Moreno, a par ailleurs récemment rencontré des chefs de la M-18 et de la MS-13 à Illopango. Douglas Moreno leur aurait assuré que le gouvernement soutenait financièrement le programme de pacification dans cette zone, notamment en aidant les mararos[6] et leur famille à s’insérer professionnellement. Enfin, Mauricio Funes a annoncé au début du mois de mai des fonds supplémentaires pour la réinsertion des membres des Maras dans la société. 18 millions de dollars seront ainsi consacrés à la création de coopératives dans les « municipalités sans violence » et 4 autres millions destinés à l’éducation des mararos.

Une trêve encore fragile

Au niveau sécuritaire, le bilan n’est également pas parfait. Si les homicides ont incontestablement diminué, des rapports suggèrent que les cas d’extorsion et de disparition ont augmenté. Par ailleurs, la trêve semble parfois fragile. 65 meurtres ont ainsi été rapportés sur l’ensemble du territoire au cours des 8 premiers jours de mai, soit une moyenne de 8 assassinats par jour contre 5,8 entre janvier et mars.


[1] En 2011, le taux d’homicides au Salvador était de 76 pour 100 000 habitants, le deuxième à l’échelle mondiale après le Honduras voisin.

[2] En échange de cette trêve, les chefs des Maras emprisonnés auraient bénéficié d’une amélioration des conditions de détention.

[3] Si les deux principales Maras ont accepté de signer une trêve, d’autres bandes criminelles, moins structurées, continuent de s’affronter pour le contrôle des territoires urbains.

[4] Notamment une partie de le l’église catholique locale et certains politiciens (dont des membres du parti au pouvoir).

[5] Mauricio Funes appartient au Front Farabundo Martí de Libération Nationale (FMLN, gauche).

[6] Nom donné aux membres des Maras.