Colombie : premier accord entre le gouvernement et les FARC

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Un accord a été trouvé hier sur la question agraire, l’un des principaux points de désaccord entre les autorités et la guérilla d’inspiration marxiste depuis près d’un demi-siècle.

Les faits

Les délégations du gouvernement colombien et des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) ont annoncé hier, dans une déclaration commune, avoir trouvé un accord prévoyant des transformations radicales concernant la question agraire et le développement rural. Des engagements ont notamment été pris sur la création d’un fond spécial[1] permettant l’accès et l’usage de la terre par le plus grand nombre, l’encouragement des activités agropastorales, le développement des infrastructures en milieu rural ainsi que la mise en place de plans sociaux dans les domaines du logement, de la santé et de l’éducation. Ces mesures ne s’appliqueront cependant qu’en cas d’accord de paix final entre les deux camps.

Après l’annonce de cette entente, le Président colombien, Juan Manuel Santos, a immédiatement salué un « pas fondamental vers un accord complet mettant fin à un demi-siècle de conflit » alors que ses homologues vénézuélien et bolivien ont qualifié d’ « historique » cet événement.

Le problème de la terre en Colombie

Les questions liées à la répartition des terres et au développement rural sont à l’origine du conflit armé en Colombie. En effet, les FARC ont été créées, dans les années 1960, comme une guérilla rurale, issue des zones d’autodéfense paysannes, ayant comme objectif principal la redistribution des terres à ceux qui les cultivent. Aujourd’hui encore, la Colombie demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde dans ce domaine, 1% des propriétaires possédant en effet la moitié des terres cultivables.

La suite des négociations

Le gouvernement colombien et les FARC négocient depuis le 19 novembre à La Havane (Cuba) pour tenter de mettre un terme à un conflit armé vieux d’un demi-siècle et responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes[2]. Alors que les pourparlers ont jusqu’à présent été principalement consacrés à la question agraire, le prochain cycle des négociations, qui débutera le 11 juin, portera sur la participation politique des FARC en cas d’accord final. Par la suite, les deux délégations devront également s’entendre sur la lutte contre le trafic de drogue[3], les droits des victimes et la fin des hostilités.

En attendant un éventuel accord final, le conflit armé continue en Colombie. 3 soldats ont ainsi été tués et 3 autres blessés jeudi dernier au cours d’un affrontement entre l’armée et les FARC dans le département d’Antioquia (Nord-ouest).


[1] Dont le nom est « fondo de tierras para la paz ».

[2] Environ 600 000 personnes assassinées selon une estimation du gouvernement en septembre 2012.

[3] Les FARC jouent désormais un rôle majeur dans la production et le trafic de drogue en Colombie.

Visite de Barack Obama au Mexique

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Pour la première fois depuis l’élection d’Enrique Peña Nieto, Barack Obama a effectué, le 2 mai, une visite officielle au Mexique. L’occasion de revenir sur les enjeux principaux de la relation américano-mexicaine.

Une relation paradoxale

« L’histoire d’un Etat est toujours en même temps une partie de l’Histoire des Etats voisins ». Aucune relation entre deux pays ne peut davantage correspondre à cet adage que celle entre les Etats-Unis d’Amérique et le Mexique (de son vrai nom «États-Unis mexicains »). Ainsi, l’histoire de ces deux pays, qui partagent 3 200 kilomètres de frontière, est indissociable : Mexico et Washington se sont tout d’abord affrontés au cours du 19ème siècle. Entre 1836 et 1853, le Mexique perdit près de 2 millions de Km² au profit de son voisin du nord : Cette zone qui comprend notamment le Texas, le Nouveau Mexique, l’Arizona et la Californie est devenue aujourd’hui une aire d’intense métissage culturel qui symbolise à merveille l’interpénétration entre les deux pays (cet espace intermédiaire à cheval sur les deux pays est parfois appelé « Mexamérica »). Au 20ème siècle, les relations entre ces deux nations ont été marquées par les trafics en tout genre le long de la frontière, par des flux de marchandises de plus en plus importants créant une interdépendance économique et enfin par une immigration massive de Mexicains au Etats-Unis.

La relation entre ces deux pays est paradoxale, à la fois symbiotique et antagoniste. Tout semble opposer ces deux nations qui atteignent pourtant un degré d’interpénétration rarement égalé. Les Etats-Unis sont un pays majoritairement protestant et anglo-saxon qui domine le monde depuis plus d’un demi siècle et se targue d’une longue tradition démocratique. Le Mexique est un pays hispanique et catholique qui n’a pas encore totalement achevé sa transition démocratique et qui est fragilisé par une corruption endémique. Si le Mexique possède la 11ème économie mondiale, il doit aussi faire face à une pauvreté massive touchant quasiment la moitié de sa population.

Les enjeux des relations américano-mexicaines

Barack Obama et Enrique Peña Nieto ont exprimé, au cours d’une conférence de presse commune, leur désir d’amorcer une nouvelle étape dans les relations entre leur pays respectifs. Au-delà de cette déclaration de bonne intention, les deux dirigeants ont surtout profité de leur rencontre pour aborder trois enjeux majeurs des relations américano-mexicaines : les questions sécuritaires, l’immigration et l’économie.

La gestion de la frontière entre les deux pays est un enjeu-clef des rapports bilatéraux. Cette frontière de 3 200 km avec les Etats-Unis, en partie naturelle (Rio Bravo), connaît un trafic journalier de 8000 véhicules et 300 000 personnes avec passeport. Le poste frontière entre San Diego (Etats-Unis) et Tijuana (Mexique) est le plus fréquenté au monde. Devant le flux de personnes et de marchandises, il est impossible pour les autorités américaines de contrôler toutes les entrées sur le territoire national. Une délinquance spécifique due à tous les trafics (drogues, armes, faux-papiers, traite des femmes …) couverts et parfois aidés par la police mexicaine, s’est développé depuis longtemps le long de cette frontière et perdure aujourd’hui. La frontière est souvent lieu d’affrontements (5 000 morts en 15 ans selon la commission nationale des droits de l’homme à Mexico). Cette criminalité s’explique en partie par le trafic de drogue et la lutte entre les cartels mexicains pour le contrôle de cette région stratégique. Le trafic de cocaïne rythme ainsi le quotidien de la frontière (entre 75 et 90% de l’approvisionnement du marché américain transite par le Mexique). Sous le prétexte de lutter contre l’insécurité et le terrorisme (empêcher des membres d’Al Qaida de s’infiltrer aux Etats-Unis par la frontière Mexicaine), le gouvernement américain a promulgué, en novembre 2006, une loi pour la construction d’une « clôture » de 1200 km, instaurant une véritable militarisation de la zone.

Un des enjeux lié à la frontière entre les deux pays est l’immigration illégale massive de Latino-Américains (majoritairement des Mexicains) aux Etats-Unis.  La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est le principal couloir migratoire au monde. Chaque année un million de personnes tentent de rejoindre « l’eldorado Américain » et environ 500 000 y parviennent. Entre 2001 et 2008, George W Bush a multiplié les surenchères pour tenter de rendre hermétique cette frontière. Aujourd’hui, plus 12 millions de migrants illégaux sont déjà sur le sol américain dont 75 % d’hispaniques et 59% Mexicains. Les Latino-Américains représentent désormais 16.3% de la population des Etats-Unis. En cette période de crise économique, le sujet de l’immigration illégale est au cœur du débat politique. Beaucoup accusent les immigrés latinos d’occuper les emplois des travailleurs Américains. Certains responsables politiques américains estiment aussi que l’arrivée massive de clandestins est une menace pour la cohésion sociale et la sécurité du pays. Mais de nombreux chefs d’entreprises s’accommodent très bien de cette situation qui met à leur disposition une « armée » d’immigrés illégaux près à effectuer les travaux les plus pénibles pour $5 de l’heure. Aujourd’hui, l’économie américaine, particulièrement dans les Etats du sud est totalement dépendante des travailleurs illégaux hispaniques.

Outre le la sécurité aux frontières et la question migratoire, c’est la situation sécuritaire alarmante au Mexique qui représente le principal enjeu pour la sécurité américaine. Depuis 2004, ce pays est en proie à une guerre des territoires entre les « cartels de la drogue », des organisations criminelles transnationales parmi les plus puissantes de la planète. L’enjeu pour les cartels réside dans le contrôle du marché local, et du trafic vers les États-Unis, premier consommateur mondial de cocaïne. En 2006, le précédent Président mexicain, Felipe Calderón, décida, dès le début de son mandat, de faire appel à l’armée pour reprendre le contrôle des territoires contrôlés  par les narcotrafiquants. Cette stratégie de militarisation du conflit se révèle être un échec total. Le nombre de victimes de la violence criminelle depuis décembre 2006 s’élève à plus de 70 000, ce qui en fait l’un des conflits les plus meurtriers de la planète pour cette période. Dès 2009 le général Barry Mc Caffrey, l’ancien chef de la lutte anti-drogue sous la présidence de Bill Clinton, déclarait ceci : « le Mexique est au bord de l’abîme et pourrait devenir un narcoEtat dans les dix ans à venir ».  Les Etats-Unis s’inquiètent donc d’avoir comme voisin un Etat qui a atteint la zone dite «d’alarme» au sein du classement mondial des Etats défaillants réalisé par le Fonds pour la paix et la revue « Foreign Policy ». De plus, la majorité des régions les plus affectées par la “guerre des cartels” (Chihuahua, Tamaulipas, Coahuila et Nuevo León) se trouvent le long de la frontière avec les Etats-Unis. Les autorités américaines redoutent par ailleurs une contagion du conflit mexicain sur leur propre territoire. L’Etat du Texas, frontalier avec le Mexique, a ainsi été le théâtre au cours de l’année 2011 d’une augmentation sensible du nombre de morts liés au narcotrafic.

Enfin, mis à part les questions de sécurité, l’autre enjeu principal concernant le Mexique est d’ordre économique. Entré en vigueur le 1er janvier 1994, l’Accord de Libre-échange Nord Américain (ALENA) a fortement contribué à rapprocher le Mexique de son voisin du Nord. Les échanges commerciaux entre le Mexique et les Etats-Unis ont atteint un nouveau record en 2012 (370 milliards d’euros), correspondant à une augmentation de 12% par rapport à l’année précédente. Le Mexique est ainsi devenu en 2012 le troisième partenaire commercial des Etats-Unis (après l’Union Européenne et le Canada mais désormais devant la Chine), alors que Washington est le premier partenaire commercial de Mexico. Le dynamisme de la relation commerciale entre les deux pays s’explique notamment par leur proximité géographique, l’appréciation du yuan chinois face au peso mexicain et la présence d’une main d’œuvre qualifiée et bon marché au Mexique

Venezuela : Risque de violences politiques à l’occasion du 1er mai

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Des manifestations en faveur du parti au pouvoir et de l’opposition pourraient entraîner la paralysie de Caracas ainsi que des débordements mercredi 1er mai.

Des rassemblements à risques

Le nouveau Président vénézuélien, Nicolás Maduro, et le chef de l’opposition, Henrique Capriles, ont appelé leurs partisans respectifs à manifester à l’occasion de la journée du travail, mercredi 1er mai. Il s’agit pour le premier de démontrer que la révolution bolivarienne bénéficie toujours du soutien massif de la population malgré la mort d’Hugo Chavez alors que le second entend protester contre les politiques gouvernementales et contester le résultat de la dernière élection présidentielle.

Ces manifestations sont susceptibles de rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues de Caracas. Au vue des tensions politiques actuelles, des heurts entre sympathisants de l’opposition et du gouvernement pourraient être observés. 9 personnes ont déjà été tuées et 78 autres blessées dans des violences postélectorales depuis le 14 avril.

La situation politique actuelle

Deux semaines après l’élection présidentielle, la situation politique demeure tendue au Venezuela. Ainsi, Henrique Capriles refuse toujours de reconnaître la victoire de Nicolás Maduro, qu’il qualifie de « vol ». Le leader de l’opposition a par ailleurs annoncé qu’il contesterait officiellement le scrutin du 14 avril devant le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) si le Conseil National Electoral (CNE) refusait de procéder à un audit « complet » des résultats. Si le CNE a accepté de mener un audit[1] sur les 46% des votes restants[2], cet organe électoral a en revanche repoussé certaines demandes d’Henrique Capriles telles que la révision des registres contenant les signatures des électeurs et leurs empreintes digitales.

En refusant de reconnaître le résultat de l’élection, Henrique Capriles entend affaiblir le nouveau Président, en le privant de légitimité et en réduisant ainsi ses marges de manœuvres pour gouverner.

De son côté, le camp chaviste ne reste pas inactif. Pour reprendre la main, Nicolás Maduro et ses conseillers ont décidé de miser sur la proximité avec la population via le projet de “gouvernement dans la rue”. Le nouveau Président a ainsi annoncé qu’il parcourra le pays avec ses ministres pour recueillir les critiques et les propositions des vénézuéliens. Cette initiative permettra, selon le parti au pouvoir, d’apporter un nouveau souffle au processus révolutionnaire et de corriger ses insuffisances. Par ailleurs, l’ancien chef de la diplomatie vénézuélienne a promis de faire de la lutte contre l’insécurité, un sujet d’inquiétudes majeur pour une majorité de la population, l’un des objectifs prioritaires de son mandat.

Au niveau international, Nicolás Maduro a reçu d’importants soutiens, notamment de la part des principaux dirigeants latino-américains. La plupart des pays occidentaux, à l’exception notable des Etats-Unis, ont par ailleurs reconnu l’héritier désigné d’Hugo Chavez comme le nouveau Président vénézuélien.


[1] Au Venezuela, les élections ont lieu sur des machines à voter. L’audit consistera donc à comparer les votes venant de chaque machine avec les reçus individuels issus par la même machine. Il se déroulera entre le 6 mai et le 4 juin.

[2] 54 % des votes avaient déjà été vérifiés le jour de l’élection, conformément aux règles électorales vénézuéliennes.

Enrique Peña Nieto : Peut-il réformer le Mexique ?

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En juillet dernier, l’élection à la Présidence d’Enrique Peña Nieto, le candidat du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, centriste-libéraux), avait fait naître des craintes parmi une partie de la population. Certains mexicains redoutaient en effet que la victoire de l’ancien parti hégémonique[1] ne marque un retour de l’autoritarisme. Le nouveau Président était également critiqué pour sa proximité avec certains médias alors que d’autres ne voyaient en lui qu’un simple « candidat playboy » ou une « marionnette ».

Pourtant, depuis qu’il a pris ses fonctions, le 1er décembre dernier, Enrique Peña Nieto a surpris. En à peine 5 mois, l’ancien Sénateur de l’Etat de Mexico a démontré sa volonté de modernisation du pays, présentant ainsi deux réformes ambitieuses concernant l’éducation et les télécommunications, tout en annonçant de nouveaux chantiers pour le second semestre (énergie, fiscalité,…etc.). Par ailleurs, l’arrestation en février de la présidente du plus puissant syndicat du pays (le SNTE, le principal syndicat des enseignants), Elba Gordillo, accusée de détournement de fonds, est un signal fort envoyé par le nouveau locataire de « Los Pinos » (L’Elysée locale) en matière de lutte contre la corruption.

Comment expliquer ce « vent de changements » qui souffle actuellement sur le Mexique ? Quel est le contenu des nouvelles réformes ? Le rythme soutenu de modernisation du pays pourra-t-il être maintenu dans les prochains mois ?

Le Mexique, un pays difficile à réformer

Tous les spécialistes s’accordent pour dire que le Mexique a un besoin urgent de réformes, notamment dans les domaines éducatif, énergétique et fiscal. Pourtant, aucune mesure majeure n’a été mise en place dans ces secteurs depuis plusieurs décennies, ce qui se traduit aujourd’hui par un potentiel économique inexploité. La majorité des économistes estiment ainsi que la croissance du PIB mexicain pourrait atteindre, en cas de modernisation profonde du pays, 5 à 6% annuellement, contre 3,5% actuellement[2].

Au cours des deux Présidences du Parti Action Nationale (PAN, droite conservatrice), celles de Vicente Fox (2000-2006) et de Felipe Calderón (2006-2012), l’absence de consensus politique et les querelles partisanes ont empêché toute réforme majeure. Le Parti Révolutionnaire Institutionnel et le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, centre-gauche) se sont ainsi opposés de manière quasi-systématique à tout projet au cours des 12 dernières années, retardant ainsi la modernisation du pays.

L’idée du « Pacte pour le Mexique »

Pour éviter d’être confronté au même problème que ses prédécesseurs, Enrique Peña Nieto, dont le parti ne possède pas une majorité absolue au Congrès, a invité, dès sa prise de fonctions, les 3 principales forces politiques du pays à travailler ensemble à l’élaboration des réformes jugées vitales pour le pays. Le PRI, le PAN et le PRD ont ainsi signé le 2 décembre le « Pacte pour le Mexique », un accord visant, selon le discours officiel, à stimuler la croissance économique, améliorer la sécurité publique, transformer le pays en une société de droits et de libertés, lutter contre la corruption et favoriser une gouvernance démocratique.

La première grande réforme du sexennat : l’éducation 

Le « Pacte pour le Mexique » a très rapidement produit ses premiers effets positifs. Ainsi, grâce au soutien des principales forces politiques du pays, le nouveau Président a pu promulguer, dès le 25 février, sa première réforme constitutionnelle : la réforme éducative.

Le système éducatif mexicain est unanimement considéré par les observateurs internationaux comme défaillant et archaïque. Une enquête menée en 2009 par le « Programme international pour le suivi des acquis des élèves » (Pisa) classait ainsi le Mexique à la dernière place (34ème) des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE).

L’une des principales raisons avancées pour expliquer l’inefficacité du système éducatif mexicain, malgré les dépenses importantes consenties par l’Etat, est l’influence du Syndicat National des Travailleurs de l’Éducation (SNTE), l’un des plus grands syndicats professionnels en Amérique latine. Cette organisation, accusée de corporatisme et de clientélisme, avait notamment obtenu que, jusqu’en 2008, les places d’instituteurs et de professeurs s’héritent de père en fils. De plus, les observateurs estiment que les promotions des professeurs sont davantage justifiées par leur loyauté envers les leaders syndicaux (principalement ceux du SNTE) plutôt qu’à leurs compétences et professionnalisme.

Afin de réduire l’influence du SNTE, la réforme de l’éducation va entrainer la création d’un « Système Professionnel Enseignant » chargé de déterminer les critères d’entrée, de maintien et de promotion des professeurs au sein du système éducatif. Elle obligera également les professeurs à se soumettre aux évaluations d’un organisme autonome et indépendant (l’Institut National pour l’Evaluation de l’Education).

Prochaine étape : La réforme des télécommunications 

Avec le soutien des trois principaux partis du pays, Enrique Peña Nieto devrait promulguer dans les prochains jours une importante réforme des télécommunications visant à encourager la concurrence et favoriser les investissements étrangers au sein de ce secteur stratégique. Cette réforme devrait, selon les autorités mexicaines, garantir l’accès à une information pluraliste, assurer une couverture universelle (pour la télévision, la radio et la téléphonie), réduire les tarifs et améliorer la qualité des services et des programmes proposés.

Le secteur des télécommunications mexicain est actuellement peu compétitif et archaïque, conséquence directe des situations de monopoles et d’oligopoles. Ainsi, les entreprises América Móvil et Telmex, appartenant au célèbre homme d’affaires Carlos Slim, détiennent respectivement 70% du marché de la téléphonie mobile et 84% du secteur de la téléphonie fixe. Les groupes Televisa et TV Azteca possèdent quant à eux la quasi-totalité des chaînes de télévisions ouvertes. Dans un rapport présenté l’année dernière, l’OCDE affirmait que le dysfonctionnement du secteur des télécommunications avait entraîné une perte d’environ 100 milliards d’euros pour le Mexique entre 2005 et 2009.

Cette réforme prévoit la création de lInstitut Fédéral des Télécommunications (IFETEL), un organisme autonome doté d’un pouvoir de sanction dont l’objectif sera de limiter la concentration nationale et régionale des fréquences. L’IFETEL pourra exiger des ventes d’actifs de la part des entreprises qui contrôlent plus de 50% du marché des médias ou des télécoms. Cet institut de régulation sera également chargé d’octroyer et de révoquer les concessions de radiodiffusion et de télécommunication (auparavant cette décision relevait du pouvoir exécutif). Deuxième point-clé de cette réforme, les investisseurs étrangers pourront désormais détenir jusqu’à 100 % du capital des opérateurs télécoms (contre 49% actuellement) et 49 % de celui des diffuseurs audiovisuels (contre 0% actuellement)

Deux grandes réformes avant la fin de l’année : l’énergie et la fiscalité

Le rythme soutenu de modernisation du pays devrait être maintenu dans les prochains mois. L’ancien Sénateur de l’Etat de Mexico a ainsi annoncé deux réformes majeures pour le second semestre de l’année, concernant la fiscalité et l’énergie.

Concernant cette dernière, le nouveau Président mexicain a affirmé son intention de moderniser et d’améliorer la compétitivité de l’entreprise publique Petróleos Mexicanos (Pemex).

Selon les autorités, cette réforme permettra d’augmenter la production d’énergie et de baisser le coût de l’électricité pour les ménages et les entreprises. Cette mesure est également présentée comme la condition sine qua none pour accélérer la croissance économique du pays.

Alors que les partis de gauche, et plus particulièrement le mouvement “Morena” d’Andrés Manuel López Obrador, accusent le gouvernement de vouloir « brader » le pétrole mexicain aux multinationales étrangères, Enrique Peña Nieto a affirmé que la réforme énergétique ne prévoyait pas la privatisation de Pemex. L’investissement privé dans le secteur pétrolier devrait cependant être encouragé sur le modèle de l’entreprise brésilienne Petrobas, associée à des investisseurs privés, sans privatisation de la société. .

Le Mexique dispose d’importantes réserves pétrolières, de l’ordre 13 868 millions de barils prouvés au 1er février 2013, ce qui place ce pays parmi les 20 nations possédant le plus de réserves à l’échelle mondiale. Cependant, plusieurs observateurs estiment que le Mexique pourrait être déficitaire au niveau énergétique à l’horizon 2020 si aucune réforme majeure n’est entreprise. En effet, la production pétrolière est en déclin depuis plusieurs années, 3,4 millions de barils étaient ainsi produits quotidiennement en 2004 contre 2,6 l’année dernière.

Aucune réforme majeure n’a été entreprise dans le secteur énergétique par les précédents Présidents alors que la majorité des observateurs estiment depuis deux décennies qu’une modernisation de Pemex est indispensable.

Quel avenir pour le « Pacte pour le Mexique » ?

Enrique Peña Nieto a bénéficié jusqu’à présent de conditions favorables pour réformer le pays. Des menaces sérieuses pèsent cependant sur l’avenir du « Pacte pour le Mexique ».

En 2015, se tiendront en effet les élections fédérales intermédiaires. Pour marquer leur différence et obtenir ainsi davantage de suffrages, le PAN et le PRD seront alors beaucoup moins enclins à collaborer avec le parti au pouvoir. Enrique Peña Nieto souhaite donc mettre en place le maximum de réformes au cours des deux premières années de son mandat.

Par ailleurs, si le PAN et le PRD ont signé le « Pacte pour le Mexique », il existe, à l’intérieur même de ces partis, des courants opposés à cet accord. Ainsi, pour René Bejarano (PRD), le parti au pouvoir cherche à mettre en place une stratégie de retour à l’autoritarisme en éliminant toute forme d’opposition politique. La montée en puissance, à l’intérieur du PAN et du PRD, de factions opposées à la collaboration avec le PRI pourrait donc sérieusement compromettre l’avenir du « Pacte pour le Mexique ».

Enfin, un événement récent est venu illustré la fragilité de l’accord entre les trois principaux partis du pays. Ainsi, toutes les activités publiques du « Pacte pour le Mexique » ont été temporairement suspendues le 23 avril suite à des accusations des partis d’opposition contre une prétendue utilisation des ressources publiques en faveur du candidat du PRI au poste de gouverneur dans l’Etat de Veracruz. Si les présidents des trois principaux partis ont depuis accepté de reprendre leur collaboration, cet événement illustre la précarité du « Pacte pour le Mexique ». S’ils souhaitent pouvoir continuer de réformer le Mexique, Enrique Peña Nieto et son gouvernement devront donc redoubler d’efforts pour assurer la pérennité de cet accord, notamment en maintenant un dialogue permanent avec les partis d’opposition et en les intégrant réellement dans l’élaboration des futures réformes. 


[1] Le PRI a gouverné le Mexique de manière ininterrompue entre 1929 et 2000.

[2] Prévision du FMI pour le Mexique en 2013. L’année précédente, ce chiffre était de 4%.

Paraguay : Victoire de la droite à l’élection présidentielle

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Horacio Cartes a remporté hier l’élection présidentielle au Paraguay, marquant ainsi le retour au pouvoir de la droite conservatrice.

Les résultats

Horacio Cartes, le candidat de l’Association Nationale Républicaine (plus connue sous le nom de « parti Colorado »), a remporté une nette victoire lors de ce scrutin présidentiel avec 46% des suffrages. Il devance ainsi largement Efraín Alegre (37%), le candidat du parti au pouvoir, le Parti Libéral Radical Authentique (PLRA, centre-droit). Les candidats de gauche, Mario Ferreiro (Avanza País) et Aníbal Carrillo (Front Guasu), sont pour leur part largement distancés avec respectivement 5,1 et 3,3% des voix.

Le retour du parti Colorado à la Présidence

Horacio Cartes, un homme d’affaires influent de 56 ans qui ne s’est intéressé que très tard à la politique[1], a été élu au terme d’une campagne électorale particulièrement tendue, au cours de laquelle Efraín Alegre a accusé à plusieurs reprises l’entourage du nouveau Président d’être lié à des narcotrafiquants. Des membres du Parti Colorado ont quant à eux affirmé que le candidat du PLRA avait détourné plusieurs millions de dollars lorsqu’il était au gouvernement.

La victoire d’Horacio Cartes signe le retour au pouvoir du parti Colorado (droite-conservatrice), lequel a gouverné le Paraguay pendant 60 ans, notamment pendant la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989). Si ce parti semble avoir accepté les règles du jeu démocratique depuis le début des années 2000, son nom reste encore synonyme de “corruption” et de “clientélisme” pour de nombreux Paraguayens.

L’élection d’Horacio Cartes présente des similitudes avec celle d’Enrique Peña Nieto[2] au Mexique en 2012. Ainsi, comme son homogue mexicain, Horacio Cartes est membre d’un ancien parti hégémonique et prétend incarner une nouvelle génération de dirigeants politiques, moderne et démocratique.  

Les défis du nouveau Président

Le nouveau Président paraguayen aura pour objectif principaux d’accélérer le développement économique du pays et de lutter contre la pauvreté. Malgré une amélioration de la situation au cours des dernières années, le Paraguay demeure l’un des pays les plus défavorisés d’Amérique latine avec 49% de la situation vivant sous le seuil de pauvreté en 2011[4].

L’un des défis majeurs d’Horacio Cartes sera également d’apaiser la situation sociale, en particulier dans les zones rurales du pays. Le Paraguay est ainsi régulièrement le théâtre de manifestations paysannes visant à dénoncer l’inégale répartition des terres. Selon l’organisation CCFD-Terre Solidaire, le Paraguay “est le pays le plus inégalitaire du monde quant à la répartition de la terre (1 % des propriétaires possèdent 84 % de la terre)”. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des dernières années lors d’affrontements entre forces de sécurité et mouvements paysans.

Enfin, le nouveau Président devra faire face au développement du crime organisé au Paraguay, un pays où l’influence des organisations criminelles brésiliennes est en augmentation[6]. Par ailleurs, le Paraguay est l’un des plus importants producteurs de marijuana à l’échelle mondiale[7], le premier en Amérique du Sud.

La fin de l’isolement diplomatique pour le Paraguay ?

L’élection d’un nouveau Président pourrait permettre au Paraguay de sortir de l’isolement diplomatique qui est le sien depuis le « coup d’Etat parlementaire » mené contre le Président Fernando Lugo (Front Guasu, gauche) en juin 2012. Fernando Lugo, surnommé « l’évêque des pauvres », avait été élu à la tête du pays en juin 2008, mettant fin à soixante ans d’hégémonie du parti Colorado et soulevant de nombreux espoirs parmi la population paraguayenne. Mais, victime de l’hétérogénéité de sa coalition (qui comprenait aussi bien des partis de gauche que du centre-droit), il n’avait pu mener à bien les grandes réformes[8] qu’il avait annoncées au cours de sa campagne. Accusé de mauvaise gestion, notamment dans le cas de l’expulsion de paysans sans terre à Curuguaty (17 morts le 15 juin), il fut destitué par le Sénat le 22 juin.

A la suite de cette décision, le Paraguay fut suspendu de deux des principales organisations régionales, le MERCOSUR et l’UNASUR. Horacio Cartes a cependant affirmé hier que son entourage avait établi des contacts avec plusieurs pays proches et qu’il avait constaté une “bonne disposition” pour lever prochainement les sanctions à l’encontre de son pays.


[1] Horacio Cartes s’est investi en politique à partir de 2009, année durant laquelle il devient membre du parti Colorado.

[2] Enrique Peña Nieto est membre du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, centriste-libéraux), une organisation politique qui a gouverné le Mexique de 1929 à 2000. Il a été élu le 1er juillet 2012 et a pris ses fonctions le 1er décembre de la même année.

[4] Le taux de pauvreté est de 28,8% pour l’ensemble de l’Amérique latine.

[6] En particulier dans les départements de l’est du Paraguay, frontaliers avec le Brésil.

[7] Avec le Maroc et le Mexique.

[8] En particulier la réforme agraire.

Chili : retour probable de Michelle Bachelet à la Présidence

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Particulièrement populaire au Chili, l’ancienne chef de l’Etat (2006-2010) est la favorite de l’élection présidentielle prévue le 17 novembre 2013.

Des sondages favorables

Michelle Bachelet, qui a été proclamée le 13 avril candidate du Parti Socialiste (PS) et du Parti Pour la Démocratie (PPD), est créditée de 43% des intentions de vote selon un nouveau sondage publié hier[1], loin devant le ministre des travaux publics, Laurence Golborne[2] (8,8%) et le ministre de la défense, Andrés Allamand[3] (5,8%).

Avant l’élection présidentielle, Michelle Bachelet se présentera le 30 juin aux primaires organisées par la Concertation[4], une coalition de partis politiques du centre et de la gauche[5] qui a gouverné le pays de 1990 à 2010. Ce scrutin devrait être une simple formalité pour l’ancienne Présidente, créditée de 76% des suffrages.

Michelle Bachelet avait quitté ses fonctions en 2010 car la Constitution chilienne interdit d’exercer deux mandats consécutifs. Depuis deux ans et demi, elle dirigeait l’agence ONU Femmes, s’abstenant de tout commentaire sur la politique chilienne, en particulier sur la gestion de son successeur, Sebastián Piñera (Rénovation Nationale, centre-droit), particulièrement impopulaire.

L’impopularité de l’actuel Président chilien

Le Chili bénéficie pourtant d’une situation économique enviable, avec une croissance de 5,6% et un taux de chômage de 6,2% en 2012[6]. Ce pays possède par ailleurs l’Indice de Développement Humain (IDH) [7] le plus élevé d’Amérique latine, devant l’Argentine[8].

Si la plupart des Chiliens ont une perception positive de la situation de leur pays, ils désapprouvent majoritairement la gestion de Sebastián Piñera[9]. Plusieurs analystes estiment que cette situation paradoxale s’explique par l’incapacité de l’actuel Président à concrétiser les immenses espoirs qu’avaient placés en lui une bonne partie de la population. Ainsi, pendant la campagne présidentielle de 2010, après 20 ans de règne de la Concertation, de nombreux chiliens avaient été séduits par les promesses de changements de Sebastián Piñera. Trois ans plus tard, ils estiment que la situation est quasiment similaire à celle d’avant 2010, du temps de la Concertation. D’autres facteurs, tels qu’une exposition médiatique excessive au début de son mandat ainsi que plusieurs scandales et conflits d’intérêts[10], ont également contribué à la faible popularité de l’actuel Président.

Le défi majeur pour Michelle Bachelet : la réforme éducative

Sauf accident ou événement exceptionnel, Michelle Bachelet devrait donc être élue Présidente de la République lors du scrutin de novembre, marquant ainsi le retour au pouvoir de la coalition de centre-gauche. Si elle devrait hériter d’un pays en bonne santé économique, Michelle Bachelet aura néanmoins de sérieux défis à relever, au premier rang  desquels la réforme de l’éducation. Ainsi, le Chili est très régulièrement le théâtre de manifestations étudiantes massives, parfois accompagnées de violence, dénonçant les inégalités du système éducatif [11].

Michelle Bachelet a affirmé récemment que la réforme de l’éducation serait la « grande priorité » de son mandat, précisant par ailleurs qu’elle était en faveur de la gratuité des études « à tous les niveaux ». Sa Présidence sera donc en partie jugée à l’aune de cette réforme éducative, une mesure qu’elle n’avait pas réussi à mettre en place au cours de son premier mandat.

Conséquences au niveau régional

Au niveau régional, l’élection de Michelle Bachelet signifierait la défaite de l’un des derniers gouvernements conservateurs sud-américains, confirmant ainsi l’ancrage à gauche de ce continent. Si la Colombie et le Paraguay sont gouvernés par des dirigeants de centre-droit, le Brésil, l’Argentine, le Pérou et l’Uruguay ont, au cours des dernières années, porté au pouvoir des Présidents de centre-gauche alors que le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie sont les fers de lance de la gauche « antilibérale ».


[1] Source : Site internet d’Europa Press, section Amérique latine.

[2] Pré-candidat pour l’Union Démocrate Indépendante (droite).

[3] Membre du parti Rénovation Nationale (centre-droit).

[4] Le nom complet est la « Concertation des partis pour la démocratie ».

[5] Outre le Parti Socialiste et le Parti Pour la Démocratie, deux autres organisations sont également membres de cette coalition : le Parti Démocrate-Chrétien et le Parti Radical Social-Démocrate.

[6] Par ailleurs, l’inflation a été en 2012 de l’ordre de 1,5%, un niveau faible pour la région. Enfin la pauvreté a diminué au cours des dernières années pour atteindre 14,4% de la population en 2011.

[7] Indicateur prenant en compte trois dimensions de base du développement humain : la santé, l’éducation et le revenu.

[8] Avec un IDH de 0,819, le Chili est 40ème au niveau mondial alors que l’Argentine est en 45ème position (avec un IDH de 0,811).

[9] Sebastián Piñera obtenait ainsi un taux d’approbation de 31% en décembre 2012.

[10] Sebastián Piñera lui-même possédait 26% de la compagnie aérienne LAN au début de son mandat. Devant la pression, il a finalement accepté de vendre ses parts, empochant 1 500 millions de dollars.

[11] La majorité des familles chiliennes sont aujourd’hui obligées de s’endetter pour permettre à leurs enfants d’étudier.