Mexique : Légère baisse de la violence

Image

Les Etats de Chihuahua (Nord), Sinaloa (Nord-ouest) et Guerrero (Ouest) demeurent les régions les plus violentes du pays.

La guerre des chiffres

Selon le journal Milenio, 902 personnes auraient été tuées en mai dans des violences liées au crime organisé, soit une diminution de 2% par rapport au mois précédent[1]. Il s’agit par ailleurs du total le plus faible depuis octobre 2012 (888 cas).

S’ils sont intéressants, ces chiffres ne prennent cependant pas en compte la totalité des homicides commis sur le territoire national. Les autorités procèdent d’ailleurs de la même manière lorsqu’elles présentent les statistiques liées à la violence. Ainsi, le 10 mai dernier, le gouvernement déclara triomphalement que 5 296 homicides « dolosos »[2] avaient été observés au cours des 5 mois suivant l’investiture d’Enrique Peña Nieto, entre décembre 2012 et avril 2013, soit une réduction de 18% par rapport aux 5 mois précédents[3]. Le magazine Zeta accuse cependant les autorités de manipuler les chiffres, en ne prenant pas en compte l’ensemble des assassinats commis au Mexique. Ce journal basé à Tijuana indique ainsi que 8 049 meurtres au total[4] ont été rapportés entre décembre 2012 et avril 2013, soit en réalité une baisse de seulement 5% par rapport aux 5 derniers mois de l’administration Calderon.

Des tendances différentes selon les régions

La baisse de 2% des homicides liés au crime organisé observée en mai au niveau national cache en réalité de fortes disparités régionales. En effet, si certains Etats tels que le Michoacán (Ouest), le Coahuila (Nord) et le Tamaulipas (Nord-est) ont enregistré une diminution significative des exécutions, les trois régions les plus violentes du pays, le Chihuahua, le Sinaloa et le Guerrero, ont connu une nouvelle hausse sensible de la violence.

Le Chihuahua (Nord) est une région frontalière avec les Etats-Unis où se trouve la localité de Ciudad Juarez, considérée en 2010 comme la ville la plus dangereuse du monde. 188 meurtres en relation avec le crime organisé ont été rapportés dans cet Etat le mois dernier, soit le niveau de violence le plus élevé depuis août 2012. Cette augmentation des assassinats serait principalement la conséquence de conflits internes à la Fédération du Sinaloa, l’organisation criminelle dominante dans la région, ainsi que des affrontements entre cette dernière et d’autres groupes mafieux tels qu’El Nuevo Cártel de Juárez.

Les deux autres régions ayant enregistré le plus d’homicides liés au crime organisé le mois dernier sont le Sinaloa (Nord-ouest) et le Guerrero (Ouest). Avec 119 cas, le premier enregistre son niveau de violence le plus élevé depuis mai 2012. Le Guerrero, où se trouve la célèbre station balnéaire d’Acapulco, fait également face à un nouveau pic de violence avec 97 exécutions.


[1] Au cours duquel 919 meurtres avaient été rapportés.

[2] Pour le gouvernement, les homicides « dolosos » incluent les meurtres de fonctionnaires (au niveau national, régional et municipal) et les décès liés à des délits fédéraux et aux affrontements entre groupes criminels. Les autres assassinats ne sont pas inclus dans cette catégorie.

[3] 6 432  homicides « dolosos » avaient été commis entre juillet 2012 et novembre 2012 selon les autorités.

[4] Le gouvernement a par la suite confirmé ce chiffre, affirmant qu’un total de 8 055 homicides avait été enregistré durant cette période.

Mexique : Quels sont aujourd’hui les principaux cartels ?

ImageLorsqu’ils abordent la question du narcotrafic au Mexique, les médias français usent et abusent du terme « cartel », sans toutefois approfondir cette notion, si bien que de nombreuses interrogations demeurent en suspens : Quels sont aujourd’hui les principaux cartels mexicains ? Sont-ils similaires ou présentent-ils chacun des particularités ? Quels territoires contrôlent-ils ? Éléments de réponses dans cet article.

 

L’évolution du narcotrafic au Mexique au cours des dernières années

 Depuis quelques années, le nombre d’organisations criminelles liées au trafic de drogues ne cesse d’augmenter au Mexique. La guerre entre les narcotrafiquants mais aussi et surtout la stratégie anti-criminalité du gouvernement, basée sur la militarisation du conflit et l’élimination des chefs des cartels, ont provoqué une fragmentation du crime organisé.

Le cas de l’organisation Beltran-Leyva illustre parfaitement ce phénomène. Entre 2008 et 2009, les forces de sécurité mexicaines neutralisèrent ses deux principaux dirigeants, l’un étant arrêté et l’autre abattu. Privé de ses leaders, l’organisation Beltran-Leyva, autrefois très influente, déclina rapidement. Pire, le cartel dut faire face à des scissions internes, certains chefs régionaux décidant de créer leur propre organisation. La décapitation du clan Beltran-Leyva entraîna notamment une fragmentation du crime organisé à Acapulco[1] c’est à dire l’émergence de plusieurs bandes criminelles (rivales) dans cette ville.

En 2006, six cartels majeurs dominaient la quasi-totalité du trafic de drogues au Mexique[2]. Désormais, le nombre de groupes criminels liés au narcotrafic s’élèverait à environ 70, la majorité étant des petites et moyennes organisations. L’émergence de nombreuses bandes locales, issues notamment de scissions avec d’importants cartels, est particulièrement visible dans les Etats du Guerrero (Ouest) et de Jalisco (Ouest), deux régions où la situation sécuritaire est particulièrement précaire.

Cependant, malgré la fragmentation du crime organisé, plusieurs cartels conservent encore une influence nationale, certains d’entres eux poursuivant même leur expansion. Analyse des 5 principales organisations criminelles mexicaines liées au narcotrafic.

La Fédération du Sinaloa

 La Fédération du Sinaloa est considérée aujourd’hui comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes à l’échelle mondiale, la première au niveau mexicain. Le nom de « Fédération » s’explique par le fait que plusieurs organisations alliées mais gardant cependant un certain degré d’autonomie composent ce cartel dirigé par le célèbre Joaquín « El Chapo » Guzmán, classé 55ème dans le classement Forbes 2011 des personnalités les plus puissantes du monde, devant le Président mexicain de l’époque, Felipe Calderón.

Le succès de la Fédération du Sinaloa s’explique en partie par sa capacité de corruption. Ce cartel est en effet l’organisation criminelle bénéficiant aujourd’hui du plus grand nombre de soutiens parmi les dirigeants politiques, les décideurs économiques et les forces de sécurité du pays. Alors que la plupart de ses rivaux ont essuyé de lourdes pertes au cours des dernières années, la Fédération du Sinaloa a été relativement épargnée par les autorités, au point que plusieurs personnalités ont accusé l’administration Calderón (2006-2012) de protéger ce cartel.

Cette organisation criminelle bénéficie également d’une image « plus respectable » que certains de ses rivaux, notamment les Zetas. La réputation de la Fédération du Sinaloa veut en effet que ce cartel privilégie la corruption plutôt que les balles, les alliances plutôt que les conflits. Au cours des dernières années, le groupe d’El Chapo Guzmán a cependant participé à des affrontements particulièrement longs et sanglants, notamment pour le contrôle de la ville frontalière de Ciudad Juarez[3].

Au niveau de l’implantation géographique, la Fédération du Sinaloa opère dans environ 17 Etats mexicains, principalement dans l’ouest et le nord du pays, et contrôle une grande partie de la frontière allant de Tijuana à Ciudad Juarez. Ce cartel est par ailleurs l’organisation criminelle mexicaine la plus influente sur la scène continentale, avec une présence importante en Amérique centrale (Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras et Guatemala), en Amérique du Sud (Colombie, Pérou, Paraguay et Argentine) et dans les Caraïbes (République Dominicaine). Par ailleurs, la Fédération du Sinaloa est présente aux Etats-Unis où elle collabore avec de nombreuses pandillas[4]. Enfin, la présence de ce cartel a été détectée dernièrement dans plusieurs pays d’Europe[5], d’Afrique et d’Asie.

Les Zetas

Outre la Fédération du Sinaloa, l’autre organisation criminelle mexicaine ayant actuellement une influence nationale et internationale est le cartel des Zetas.

Ce groupe mafieux présente la particularité d’avoir d’abord été conçu comme une force paramilitaire faisant office de bras armé pour le cartel du Golfe, avant de devenir autonome[6]. A la différence des autres organisations criminelles du pays, les Zetas ont été constitués par des déserteurs de l’armée mexicaine, notamment par d’anciens soldats d’élite, ce qui confère à ce groupe une solide discipline interne et une maîtrise des techniques militaires[7].

Les Zetas se considèrent d’ailleurs d’avantage comme une organisation militaire dont le but est de contrôler un territoire plutôt que comme un groupe de narcotrafiquants. Ainsi, l’objectif prioritaire de ce cartel est de prendre possession d’une zone géographique et d’obliger tous les acteurs criminels[8] y opérant à payer une sorte d’impôt. Ainsi, les Zetas n’ont pas à établir eux-mêmes les infrastructures liées aux activités criminelles, notamment en ce qui concerne le trafic de drogues.

Contrairement à la Fédération du Sinaloa, qui a choisi d’adopter un « profil discret », le cartel des Zetas est considéré comme l’une des organisations criminelles les plus brutales à l’échelle mondiale. Les atrocités (décapitations, tortures, attentats contre les forces de sécurité,…etc.) sont en effet devenues la marque de fabrique de ce groupe qui utilise la terreur comme un moyen psychologique pour prendre l’avantage sur ses rivaux et intimider les autorités. A cause du recours quasi-systématique à la violence extrême, les Zetas sont devenus l’ennemi public numéro un pour une partie importante de la population mexicaine mais également pour le gouvernement.

Au niveau géographique, les Zetas ont connu un essor considérable au cours des dernières années, au point de devenir l’organisation criminelle dominante dans l’est du Mexique[9] et d’avoir une présence dans environ 17 Etats du pays. Par ailleurs, cette organisation paramilitaire-mafieuse est également présente en Amérique centrale, plus particulièrement au Guatemala où elle participe activement à la dégradation du contexte sécuritaire local.

Le cartel du Golfe (CDG)

 Le cartel du Golfe, la plus ancienne organisation criminelle mexicaine liée au narcotrafic, dominait autrefois les régions de l’est du pays. Mais depuis plusieurs années, ce groupe mafieux a été considérablement affaibli par les opérations des forces de sécurité[10] et le conflit avec son ancien bras armé, les Zetas. Par ailleurs, le CDG fait face depuis plusieurs mois à d’importantes divisions, deux factions d’affrontant en effet pour le leadership du cartel. Cette lutte interne serait notamment la cause du pic de violence observé en mars dernier à Reynosa (Tamaulipas, Nord-est).

Le nombre de territoires dominés par le cartel du Golfe a donc sensiblement diminué au cours des dernières années. Cette organisation criminelle demeure néanmoins influente dans le nord-est du Mexique, notamment dans l’Etat du Tamaulipas où elle contrôle les villes frontalières de Reynosa et Matamoros[11]. Le CDG est également présent en Amérique centrale comme en témoigne la capture récente[12], par les forces de sécurité costaricaines, d’un important membre de ce cartel chargé de superviser l’envoie de cocaïne du Panama jusqu’au Mexique.

Les Chevaliers Templiers (Knights Templar)

 Cette organisation criminelle est un cas particulier dans l’univers du narcotrafic au Mexique. Comme la Familia Michoacana, dont ils sont issus, les Chevaliers Templiers se présentent comme un groupe de défense du peuple[13] d’inspiration religieuse.

Les références à la religion et à l’histoire sont en effet la principale particularité de ce cartel. Le nom du groupe fait ainsi référence à un ordre militaro-religieux chrétien fondé au 12ème siècle et dont l’objectif était d’assurer la sécurité des pèlerins en Terre Sainte. Les membres des Chevaliers Templiers doivent également prendre part à des cérémonies d’initiation durant lesquelles les participants portent des tenues évoquant les chevaliers du moyen-âge. En 2011, cette organisation distribua aux habitants de Morelia (Etat de Michoacán, Ouest) un livret intitulé « Code de l’honneur des chevaliers templiers du Michoacán», un document mélangeant un code de l’honneur mafieux avec la mythologie « templière ». Enfin, au cours de l’année suivante, ce cartel déclara un cessez-le-feu durant la visite de Benoit XVI au Mexique.

Au vu de l’expansion des Chevaliers Templiers au cours des dernières années, l’utilisation de symboles liés à la religion et à la mythologie s’est avérée être une véritable réussite. Ainsi, comme l’affirme le journaliste britannique Ioan Grillo, spécialiste du narcotrafic, « les aspects spirituels servent de ciment pour renforcer la discipline de l’organisation. Toute idéologie, aussi bizarre qu’elle soit, confère à un gang la direction et la justification de tout ce qu’il fait. Ils ne mènent pas simplement une guerre, cela devient une guerre sainte ».

En se présentant comme un groupe d’inspiration chrétienne luttant contre l’injustice et le vice, les Chevaliers Templiers ont également cherché à se démarquer des autres organisations criminelles et à obtenir les faveurs de la population locale. Ce groupe finance d’ailleurs de nombreux projets dans le Michoacán (notamment la construction de routes et d’écoles), ce qui lui assure le soutien d’une partie des habitants de la région.

Mais derrière ces apparences, la réalité est implacable. Les Chevaliers Templiers sont avant tout un groupe mafieux se consacrant à diverses activités criminelles[14] et capable de commettre les pires atrocités. Au cours des dernières années, ce cartel s’est étendu au niveau géographique. Outre son fief du Michoacán, il est désormais présent dans d’autres régions du centre et de l’ouest du Mexique comme le Guanajuato, le Morelos, le Guerrero et l’Etat de Mexico.

Le Cartel de Jalisco Nueva Generación (CJNG)

 Le Cartel de Jalisco Nueva Generación est probablement l’organisation criminelle mexicaine dont le développement a été le plus rapide au cours des deux dernières années. Cette organisation criminelle, qui agissait auparavant comme bras armé de la Fédération du Sinaloa[15], serait désormais le 3ème cartel le plus important du pays selon Insight Crime, le site de référence sur la criminalité en Amérique latine.  Outre son fief du Jalisco (Ouest), le CJNG est en effet présent dans les Etats de Colima (Ouest), de Nayarit (Ouest), du Michoacán (Ouest), de Guanajuato (Centre) et de Veracruz (Est).

Alors que le Cartel de Jalisco Nueva Generación faisait auparavant des Zetas leur cible prioritaire, ce cartel s’estime désormais assez puissant pour s’attaquer à d’autres organisations criminelles. Au début de l’année, des affrontements particulièrement meurtriers ont ainsi opposés le CJNG aux Chevaliers Templiers pour le contrôle de la zone limitrophe entre les Etats de Michoacán et de Jalisco.

Les alliances

 L’histoire des cartels de la drogue au Mexique est faite d’alliances, de trahisons et de retournements de situation. Actuellement, la coalition de narcotrafiquants la plus puissante du Mexique est composée de la Fédération du Sinaloa, des Chevaliers Templiers et du cartel du Golfe. Les Zetas seraient pour leur part alliés avec l’organisation Beltran-Leyva. Enfin, le Cartel de Jalisco Nueva Generación ne semble pas avoir établi d’alliance particulière à l’heure actuelle.

Pour plus d’informations sur la narco-criminalité au Mexique : http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-narco-criminalite-mexique.html


[1] Acapulco était l’un des bastions de l’organisation Beltran-Leyva.

[2] Parmi ces cartels, l’organisation Beltran-Leyva, le cartel de Tijuana, le cartel de Juarez et la Familia Michoacana ont connu un importants déclin et ne font plus partie aujourd’hui des organisations criminelles dominantes même si elles restent actives dans certains régions. Les deux autres groupes mafieux, la Fédération du Sinaloa et le cartel du Golfe, conservent pour leur part une influence nationale.

[3] Un affrontement contre le cartel de Juarez qui a culminé en 2010 et au terme duquel la Fédération du Sinaloa est sorti vainqueur.

[4] Des gangs de rue composés d’hispaniques se consacrant principalement à la vente de drogues au détail.

[5] Notamment en Espagne où plusieurs membres présumés de la Fédération du Sinaloa on été arrêtés.

[6] En 2010, le cartel du Golfe et les Zetas se séparèrent et entrèrent en conflit.

[7] Cependant, la proportion d’anciens militaires tend à diminuer au sein des Zetas. Ce cartel, comme ses rivaux, a en effet de plus en plus recours aux membres des gangs de rues.

[8]  Trafiquants de drogues, trafiquants de personnes, voleurs, kidnappeurs, contrebandiers,…etc

[9] De la frontière avec le Guatemala jusqu’à la ville de Nuevo Laredo (Nord-est), l’un des plus importants points de passage entre le Mexique et les Etats-Unis.

[10] Plusieurs leaders du cartel du Golfe ont ainsi été capturés ou éliminés au cours des dernières années, principalement par les forces de sécurité mais également par des cartels rivaux.

[11] Le CDG est implanté depuis plusieurs décennies dans ces deux localités et bénéficie du soutien d’une partie de la population locale.

[12] En juillet 2012.

[13] Les Chevaliers Templiers se présentent ainsi régulièrement comme les défenseurs du peuple de l’Etat du Michoacán (Ouest), son fief historique.

[14] Principalement le trafic de drogues et l’extorsion.

[15] Depuis l’année dernière, le CJNG est indépendant vis-à-vis de la Fédération du Sinaloa.

Mexique : géographie de la narco-criminalité

Image

Les Etats du Nord et de l’Ouest du pays concentrent la majorité des homicides liés aux affrontements entre cartels de la drogue.

 

Baisse de la narco-criminalité en avril

Selon le journal mexicain Milenio, le crime organisé a causé la mort de 919 personnes en avril sur l’ensemble du territoire, soit une baisse de 12% par rapport au mois précédent[1].

Cette  baisse des homicides s’explique principalement par la diminution significative des affrontements entre organisations criminelles dans certaines régions du pays, notamment dans l’Etat de Mexico (Centre)[2]. En général, la baisse soudaine de la violence dans une ville ou une région s’explique par la victoire (au niveau local) d’un cartel sur un ou plusieurs groupes rivaux. Ce fut notamment le cas à Ciudad Juarez, autrefois considérée comme la ville la plus dangereuse du monde, où la situation sécuritaire s’est sensiblement améliorée depuis que la Fédération du Sinaloa a partiellement expulsé le cartel de Juarez, au terme d’un affrontement particulièrement long et meurtrier.

En revanche, il est peu probable que la nouvelle stratégie anti-criminalité d’Enrique Peña Nieto ait contribué à la diminution de la narco-criminalité au cours du mois d’avril. En effet, comme le rappelle le journal Reforma, les principales mesures de cette stratégie, telles que la création d’une gendarmerie nationale ou la mise en place d’un ambitieux plan de prévention des délits[3], ne sont pas encore effectives.

L’inégale répartition géographique des homicides

Les chiffres de la narco-criminalité au mois d’avril confirment une tendance observée depuis plusieurs mois : les Etats du Nord et de l’Ouest sont les plus affectés par les affrontements entre cartels.

3 Etats du Nord (Chihuahua, Nuevo León et Coahuila) figurent parmi les 6 régions les plus meurtrières en avril.  Le Nord du Mexique, théâtre de violents affrontements entre cartels rivaux depuis 2005, a longtemps concentré la grande majorité des homicides liés au narcotrafic. Les cartels considèrent en effet comme hautement stratégiques les régions frontalières avec les Etats-Unis, premier marché mondial de drogue.

Cependant, si les Etats du Nord demeurent très violents, leur part dans le nombre total d’homicides commis au niveau national a diminué au cours des deux dernières années, ce qui signifie que la narco-criminalité s’est diffusée dans d’autres régions, en particulier dans l’Ouest.

Ainsi, les 3 autres Etats les plus affectés par la narco-criminalité se trouvent sur la côte pacifique (Ouest). Si le Sinaloa (Nord-ouest), berceau du crime organisé au Mexique, est depuis longtemps l’une des régions les plus dangereuses du pays, le Guerrero (Ouest) et le Jalisco (Ouest) étaient autrefois épargnés par les affrontements entre cartels. Mais ces deux Etats ont été les principales victimes de la fragmentation du crime organisé au Mexique au cours des dernières années, conséquence directe de la stratégie sécuritaire de l’administration CALDERON (2006-2012), basée sur l’élimination des chefs des cartels et la participation massive de l’armée. L’exemple le plus marquant réside dans la célèbre station balnéaire d’Acapulco (Guerrero), autrefois dominée par le cartel Beltran-Leyva. Le déclin de ce groupe, décimé par les forces de sécurité et le cartel du Sinaloa, a entraîné une fragmentation du crime organisé et l’émergence de plusieurs bandes criminelles rivales[4] au niveau local. D’autres cartels de premier plan ont également décidé de profiter de l’affaiblissement du clan Beltran-Leyva pour tenter de se développer à Acapulco qui est aujourd’hui l’une des localités les plus dangereuses du pays[5].

Si la narco-criminalité s’est progressivement diffusée dans de nouveaux territoires au cours des dernières années, certaines régions mexicaines sont encore épargnées par ce phénomène. Ainsi, de nombreux Etats du Centre (Hidalgo, Aguascalientes, Tlaxcala, Querétaro et Puebla) et du Sud (Tabasco, Campeche, Chiapas et Yucatán) ainsi que la capitale, Mexico D.F.[6], présentent une situation sécuritaire plus stable que le Nord et l’Ouest du pays.

Le Mexique affiche par ailleurs un taux d’homicides de 24 pour 100 000 habitants[7], un niveau certes élevé mais largement inférieur à celui de pays proches tels que le Honduras (85 pour 100 000) et le Guatemala (32 pour 100 000). Si le contexte mexicain est alarmant, il est donc faux d’affirmer que ce pays est le plus dangereux du monde et que l’ensemble du territoire national est le théâtre d’affrontements entre cartels.


[1] Selon Milenio, 1 048 homicides liés au crime organisé avaient été enregistrés en mars, soit le chiffre le plus important depuis l’investiture d’Enrique Peña Nieto (en décembre 2012).

[2] Les homicides liés au crime organisé ont diminué de 48% dans cette entité entre mars et avril.

[3] Le programme social de prévention des délits est doté d’un budget de 6,8 milliards d’euros pour l’année 2013. Ce programme concerne principalement 55 zones considérées comme prioritaires.

[4] Selon les autorités, le nombre de groupes criminels liés au narcotrafic au Mexique s’élèverait désormais entre 60 et 80, la majorité étant des petites et moyennes organisations.

[5] Au niveau du taux d’homicides, Acapulco a été la ville la plus dangereuse du Mexique en 2012. Cependant, la majorité des meurtres ont lieu dans les quartiers populaires de la ville. Les zones touristiques sont plus épargnées même si des actes de violence y surviennent régulièrement.

[6] La capitale ne doit pas être confondue avec l’Etat de Mexico qui l’entoure. Si la criminalité d’opportunité et les vols avec violence sont importants à Mexico D.F., les affrontements entre cartels y sont rares.

[7] Contre 8 pour 100 000 habitants en 2007.

Visite de Barack Obama au Mexique

Image

Pour la première fois depuis l’élection d’Enrique Peña Nieto, Barack Obama a effectué, le 2 mai, une visite officielle au Mexique. L’occasion de revenir sur les enjeux principaux de la relation américano-mexicaine.

Une relation paradoxale

« L’histoire d’un Etat est toujours en même temps une partie de l’Histoire des Etats voisins ». Aucune relation entre deux pays ne peut davantage correspondre à cet adage que celle entre les Etats-Unis d’Amérique et le Mexique (de son vrai nom «États-Unis mexicains »). Ainsi, l’histoire de ces deux pays, qui partagent 3 200 kilomètres de frontière, est indissociable : Mexico et Washington se sont tout d’abord affrontés au cours du 19ème siècle. Entre 1836 et 1853, le Mexique perdit près de 2 millions de Km² au profit de son voisin du nord : Cette zone qui comprend notamment le Texas, le Nouveau Mexique, l’Arizona et la Californie est devenue aujourd’hui une aire d’intense métissage culturel qui symbolise à merveille l’interpénétration entre les deux pays (cet espace intermédiaire à cheval sur les deux pays est parfois appelé « Mexamérica »). Au 20ème siècle, les relations entre ces deux nations ont été marquées par les trafics en tout genre le long de la frontière, par des flux de marchandises de plus en plus importants créant une interdépendance économique et enfin par une immigration massive de Mexicains au Etats-Unis.

La relation entre ces deux pays est paradoxale, à la fois symbiotique et antagoniste. Tout semble opposer ces deux nations qui atteignent pourtant un degré d’interpénétration rarement égalé. Les Etats-Unis sont un pays majoritairement protestant et anglo-saxon qui domine le monde depuis plus d’un demi siècle et se targue d’une longue tradition démocratique. Le Mexique est un pays hispanique et catholique qui n’a pas encore totalement achevé sa transition démocratique et qui est fragilisé par une corruption endémique. Si le Mexique possède la 11ème économie mondiale, il doit aussi faire face à une pauvreté massive touchant quasiment la moitié de sa population.

Les enjeux des relations américano-mexicaines

Barack Obama et Enrique Peña Nieto ont exprimé, au cours d’une conférence de presse commune, leur désir d’amorcer une nouvelle étape dans les relations entre leur pays respectifs. Au-delà de cette déclaration de bonne intention, les deux dirigeants ont surtout profité de leur rencontre pour aborder trois enjeux majeurs des relations américano-mexicaines : les questions sécuritaires, l’immigration et l’économie.

La gestion de la frontière entre les deux pays est un enjeu-clef des rapports bilatéraux. Cette frontière de 3 200 km avec les Etats-Unis, en partie naturelle (Rio Bravo), connaît un trafic journalier de 8000 véhicules et 300 000 personnes avec passeport. Le poste frontière entre San Diego (Etats-Unis) et Tijuana (Mexique) est le plus fréquenté au monde. Devant le flux de personnes et de marchandises, il est impossible pour les autorités américaines de contrôler toutes les entrées sur le territoire national. Une délinquance spécifique due à tous les trafics (drogues, armes, faux-papiers, traite des femmes …) couverts et parfois aidés par la police mexicaine, s’est développé depuis longtemps le long de cette frontière et perdure aujourd’hui. La frontière est souvent lieu d’affrontements (5 000 morts en 15 ans selon la commission nationale des droits de l’homme à Mexico). Cette criminalité s’explique en partie par le trafic de drogue et la lutte entre les cartels mexicains pour le contrôle de cette région stratégique. Le trafic de cocaïne rythme ainsi le quotidien de la frontière (entre 75 et 90% de l’approvisionnement du marché américain transite par le Mexique). Sous le prétexte de lutter contre l’insécurité et le terrorisme (empêcher des membres d’Al Qaida de s’infiltrer aux Etats-Unis par la frontière Mexicaine), le gouvernement américain a promulgué, en novembre 2006, une loi pour la construction d’une « clôture » de 1200 km, instaurant une véritable militarisation de la zone.

Un des enjeux lié à la frontière entre les deux pays est l’immigration illégale massive de Latino-Américains (majoritairement des Mexicains) aux Etats-Unis.  La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est le principal couloir migratoire au monde. Chaque année un million de personnes tentent de rejoindre « l’eldorado Américain » et environ 500 000 y parviennent. Entre 2001 et 2008, George W Bush a multiplié les surenchères pour tenter de rendre hermétique cette frontière. Aujourd’hui, plus 12 millions de migrants illégaux sont déjà sur le sol américain dont 75 % d’hispaniques et 59% Mexicains. Les Latino-Américains représentent désormais 16.3% de la population des Etats-Unis. En cette période de crise économique, le sujet de l’immigration illégale est au cœur du débat politique. Beaucoup accusent les immigrés latinos d’occuper les emplois des travailleurs Américains. Certains responsables politiques américains estiment aussi que l’arrivée massive de clandestins est une menace pour la cohésion sociale et la sécurité du pays. Mais de nombreux chefs d’entreprises s’accommodent très bien de cette situation qui met à leur disposition une « armée » d’immigrés illégaux près à effectuer les travaux les plus pénibles pour $5 de l’heure. Aujourd’hui, l’économie américaine, particulièrement dans les Etats du sud est totalement dépendante des travailleurs illégaux hispaniques.

Outre le la sécurité aux frontières et la question migratoire, c’est la situation sécuritaire alarmante au Mexique qui représente le principal enjeu pour la sécurité américaine. Depuis 2004, ce pays est en proie à une guerre des territoires entre les « cartels de la drogue », des organisations criminelles transnationales parmi les plus puissantes de la planète. L’enjeu pour les cartels réside dans le contrôle du marché local, et du trafic vers les États-Unis, premier consommateur mondial de cocaïne. En 2006, le précédent Président mexicain, Felipe Calderón, décida, dès le début de son mandat, de faire appel à l’armée pour reprendre le contrôle des territoires contrôlés  par les narcotrafiquants. Cette stratégie de militarisation du conflit se révèle être un échec total. Le nombre de victimes de la violence criminelle depuis décembre 2006 s’élève à plus de 70 000, ce qui en fait l’un des conflits les plus meurtriers de la planète pour cette période. Dès 2009 le général Barry Mc Caffrey, l’ancien chef de la lutte anti-drogue sous la présidence de Bill Clinton, déclarait ceci : « le Mexique est au bord de l’abîme et pourrait devenir un narcoEtat dans les dix ans à venir ».  Les Etats-Unis s’inquiètent donc d’avoir comme voisin un Etat qui a atteint la zone dite «d’alarme» au sein du classement mondial des Etats défaillants réalisé par le Fonds pour la paix et la revue « Foreign Policy ». De plus, la majorité des régions les plus affectées par la “guerre des cartels” (Chihuahua, Tamaulipas, Coahuila et Nuevo León) se trouvent le long de la frontière avec les Etats-Unis. Les autorités américaines redoutent par ailleurs une contagion du conflit mexicain sur leur propre territoire. L’Etat du Texas, frontalier avec le Mexique, a ainsi été le théâtre au cours de l’année 2011 d’une augmentation sensible du nombre de morts liés au narcotrafic.

Enfin, mis à part les questions de sécurité, l’autre enjeu principal concernant le Mexique est d’ordre économique. Entré en vigueur le 1er janvier 1994, l’Accord de Libre-échange Nord Américain (ALENA) a fortement contribué à rapprocher le Mexique de son voisin du Nord. Les échanges commerciaux entre le Mexique et les Etats-Unis ont atteint un nouveau record en 2012 (370 milliards d’euros), correspondant à une augmentation de 12% par rapport à l’année précédente. Le Mexique est ainsi devenu en 2012 le troisième partenaire commercial des Etats-Unis (après l’Union Européenne et le Canada mais désormais devant la Chine), alors que Washington est le premier partenaire commercial de Mexico. Le dynamisme de la relation commerciale entre les deux pays s’explique notamment par leur proximité géographique, l’appréciation du yuan chinois face au peso mexicain et la présence d’une main d’œuvre qualifiée et bon marché au Mexique

Enrique Peña Nieto : Peut-il réformer le Mexique ?

Image

En juillet dernier, l’élection à la Présidence d’Enrique Peña Nieto, le candidat du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, centriste-libéraux), avait fait naître des craintes parmi une partie de la population. Certains mexicains redoutaient en effet que la victoire de l’ancien parti hégémonique[1] ne marque un retour de l’autoritarisme. Le nouveau Président était également critiqué pour sa proximité avec certains médias alors que d’autres ne voyaient en lui qu’un simple « candidat playboy » ou une « marionnette ».

Pourtant, depuis qu’il a pris ses fonctions, le 1er décembre dernier, Enrique Peña Nieto a surpris. En à peine 5 mois, l’ancien Sénateur de l’Etat de Mexico a démontré sa volonté de modernisation du pays, présentant ainsi deux réformes ambitieuses concernant l’éducation et les télécommunications, tout en annonçant de nouveaux chantiers pour le second semestre (énergie, fiscalité,…etc.). Par ailleurs, l’arrestation en février de la présidente du plus puissant syndicat du pays (le SNTE, le principal syndicat des enseignants), Elba Gordillo, accusée de détournement de fonds, est un signal fort envoyé par le nouveau locataire de « Los Pinos » (L’Elysée locale) en matière de lutte contre la corruption.

Comment expliquer ce « vent de changements » qui souffle actuellement sur le Mexique ? Quel est le contenu des nouvelles réformes ? Le rythme soutenu de modernisation du pays pourra-t-il être maintenu dans les prochains mois ?

Le Mexique, un pays difficile à réformer

Tous les spécialistes s’accordent pour dire que le Mexique a un besoin urgent de réformes, notamment dans les domaines éducatif, énergétique et fiscal. Pourtant, aucune mesure majeure n’a été mise en place dans ces secteurs depuis plusieurs décennies, ce qui se traduit aujourd’hui par un potentiel économique inexploité. La majorité des économistes estiment ainsi que la croissance du PIB mexicain pourrait atteindre, en cas de modernisation profonde du pays, 5 à 6% annuellement, contre 3,5% actuellement[2].

Au cours des deux Présidences du Parti Action Nationale (PAN, droite conservatrice), celles de Vicente Fox (2000-2006) et de Felipe Calderón (2006-2012), l’absence de consensus politique et les querelles partisanes ont empêché toute réforme majeure. Le Parti Révolutionnaire Institutionnel et le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, centre-gauche) se sont ainsi opposés de manière quasi-systématique à tout projet au cours des 12 dernières années, retardant ainsi la modernisation du pays.

L’idée du « Pacte pour le Mexique »

Pour éviter d’être confronté au même problème que ses prédécesseurs, Enrique Peña Nieto, dont le parti ne possède pas une majorité absolue au Congrès, a invité, dès sa prise de fonctions, les 3 principales forces politiques du pays à travailler ensemble à l’élaboration des réformes jugées vitales pour le pays. Le PRI, le PAN et le PRD ont ainsi signé le 2 décembre le « Pacte pour le Mexique », un accord visant, selon le discours officiel, à stimuler la croissance économique, améliorer la sécurité publique, transformer le pays en une société de droits et de libertés, lutter contre la corruption et favoriser une gouvernance démocratique.

La première grande réforme du sexennat : l’éducation 

Le « Pacte pour le Mexique » a très rapidement produit ses premiers effets positifs. Ainsi, grâce au soutien des principales forces politiques du pays, le nouveau Président a pu promulguer, dès le 25 février, sa première réforme constitutionnelle : la réforme éducative.

Le système éducatif mexicain est unanimement considéré par les observateurs internationaux comme défaillant et archaïque. Une enquête menée en 2009 par le « Programme international pour le suivi des acquis des élèves » (Pisa) classait ainsi le Mexique à la dernière place (34ème) des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE).

L’une des principales raisons avancées pour expliquer l’inefficacité du système éducatif mexicain, malgré les dépenses importantes consenties par l’Etat, est l’influence du Syndicat National des Travailleurs de l’Éducation (SNTE), l’un des plus grands syndicats professionnels en Amérique latine. Cette organisation, accusée de corporatisme et de clientélisme, avait notamment obtenu que, jusqu’en 2008, les places d’instituteurs et de professeurs s’héritent de père en fils. De plus, les observateurs estiment que les promotions des professeurs sont davantage justifiées par leur loyauté envers les leaders syndicaux (principalement ceux du SNTE) plutôt qu’à leurs compétences et professionnalisme.

Afin de réduire l’influence du SNTE, la réforme de l’éducation va entrainer la création d’un « Système Professionnel Enseignant » chargé de déterminer les critères d’entrée, de maintien et de promotion des professeurs au sein du système éducatif. Elle obligera également les professeurs à se soumettre aux évaluations d’un organisme autonome et indépendant (l’Institut National pour l’Evaluation de l’Education).

Prochaine étape : La réforme des télécommunications 

Avec le soutien des trois principaux partis du pays, Enrique Peña Nieto devrait promulguer dans les prochains jours une importante réforme des télécommunications visant à encourager la concurrence et favoriser les investissements étrangers au sein de ce secteur stratégique. Cette réforme devrait, selon les autorités mexicaines, garantir l’accès à une information pluraliste, assurer une couverture universelle (pour la télévision, la radio et la téléphonie), réduire les tarifs et améliorer la qualité des services et des programmes proposés.

Le secteur des télécommunications mexicain est actuellement peu compétitif et archaïque, conséquence directe des situations de monopoles et d’oligopoles. Ainsi, les entreprises América Móvil et Telmex, appartenant au célèbre homme d’affaires Carlos Slim, détiennent respectivement 70% du marché de la téléphonie mobile et 84% du secteur de la téléphonie fixe. Les groupes Televisa et TV Azteca possèdent quant à eux la quasi-totalité des chaînes de télévisions ouvertes. Dans un rapport présenté l’année dernière, l’OCDE affirmait que le dysfonctionnement du secteur des télécommunications avait entraîné une perte d’environ 100 milliards d’euros pour le Mexique entre 2005 et 2009.

Cette réforme prévoit la création de lInstitut Fédéral des Télécommunications (IFETEL), un organisme autonome doté d’un pouvoir de sanction dont l’objectif sera de limiter la concentration nationale et régionale des fréquences. L’IFETEL pourra exiger des ventes d’actifs de la part des entreprises qui contrôlent plus de 50% du marché des médias ou des télécoms. Cet institut de régulation sera également chargé d’octroyer et de révoquer les concessions de radiodiffusion et de télécommunication (auparavant cette décision relevait du pouvoir exécutif). Deuxième point-clé de cette réforme, les investisseurs étrangers pourront désormais détenir jusqu’à 100 % du capital des opérateurs télécoms (contre 49% actuellement) et 49 % de celui des diffuseurs audiovisuels (contre 0% actuellement)

Deux grandes réformes avant la fin de l’année : l’énergie et la fiscalité

Le rythme soutenu de modernisation du pays devrait être maintenu dans les prochains mois. L’ancien Sénateur de l’Etat de Mexico a ainsi annoncé deux réformes majeures pour le second semestre de l’année, concernant la fiscalité et l’énergie.

Concernant cette dernière, le nouveau Président mexicain a affirmé son intention de moderniser et d’améliorer la compétitivité de l’entreprise publique Petróleos Mexicanos (Pemex).

Selon les autorités, cette réforme permettra d’augmenter la production d’énergie et de baisser le coût de l’électricité pour les ménages et les entreprises. Cette mesure est également présentée comme la condition sine qua none pour accélérer la croissance économique du pays.

Alors que les partis de gauche, et plus particulièrement le mouvement “Morena” d’Andrés Manuel López Obrador, accusent le gouvernement de vouloir « brader » le pétrole mexicain aux multinationales étrangères, Enrique Peña Nieto a affirmé que la réforme énergétique ne prévoyait pas la privatisation de Pemex. L’investissement privé dans le secteur pétrolier devrait cependant être encouragé sur le modèle de l’entreprise brésilienne Petrobas, associée à des investisseurs privés, sans privatisation de la société. .

Le Mexique dispose d’importantes réserves pétrolières, de l’ordre 13 868 millions de barils prouvés au 1er février 2013, ce qui place ce pays parmi les 20 nations possédant le plus de réserves à l’échelle mondiale. Cependant, plusieurs observateurs estiment que le Mexique pourrait être déficitaire au niveau énergétique à l’horizon 2020 si aucune réforme majeure n’est entreprise. En effet, la production pétrolière est en déclin depuis plusieurs années, 3,4 millions de barils étaient ainsi produits quotidiennement en 2004 contre 2,6 l’année dernière.

Aucune réforme majeure n’a été entreprise dans le secteur énergétique par les précédents Présidents alors que la majorité des observateurs estiment depuis deux décennies qu’une modernisation de Pemex est indispensable.

Quel avenir pour le « Pacte pour le Mexique » ?

Enrique Peña Nieto a bénéficié jusqu’à présent de conditions favorables pour réformer le pays. Des menaces sérieuses pèsent cependant sur l’avenir du « Pacte pour le Mexique ».

En 2015, se tiendront en effet les élections fédérales intermédiaires. Pour marquer leur différence et obtenir ainsi davantage de suffrages, le PAN et le PRD seront alors beaucoup moins enclins à collaborer avec le parti au pouvoir. Enrique Peña Nieto souhaite donc mettre en place le maximum de réformes au cours des deux premières années de son mandat.

Par ailleurs, si le PAN et le PRD ont signé le « Pacte pour le Mexique », il existe, à l’intérieur même de ces partis, des courants opposés à cet accord. Ainsi, pour René Bejarano (PRD), le parti au pouvoir cherche à mettre en place une stratégie de retour à l’autoritarisme en éliminant toute forme d’opposition politique. La montée en puissance, à l’intérieur du PAN et du PRD, de factions opposées à la collaboration avec le PRI pourrait donc sérieusement compromettre l’avenir du « Pacte pour le Mexique ».

Enfin, un événement récent est venu illustré la fragilité de l’accord entre les trois principaux partis du pays. Ainsi, toutes les activités publiques du « Pacte pour le Mexique » ont été temporairement suspendues le 23 avril suite à des accusations des partis d’opposition contre une prétendue utilisation des ressources publiques en faveur du candidat du PRI au poste de gouverneur dans l’Etat de Veracruz. Si les présidents des trois principaux partis ont depuis accepté de reprendre leur collaboration, cet événement illustre la précarité du « Pacte pour le Mexique ». S’ils souhaitent pouvoir continuer de réformer le Mexique, Enrique Peña Nieto et son gouvernement devront donc redoubler d’efforts pour assurer la pérennité de cet accord, notamment en maintenant un dialogue permanent avec les partis d’opposition et en les intégrant réellement dans l’élaboration des futures réformes. 


[1] Le PRI a gouverné le Mexique de manière ininterrompue entre 1929 et 2000.

[2] Prévision du FMI pour le Mexique en 2013. L’année précédente, ce chiffre était de 4%.

Mexique : L’émergence des milices d’auto-défense

Image

Une augmentation significative du nombre des groupes d’auto-défense a été observée depuis le début de l’année au Mexique.

Une réponse à la dégradation de la situation sécuritaire

La situation sécuritaire au Mexique est alarmante. Depuis maintenant huit années, de puissantes organisations criminelles multi-facettes[1], appelées « cartels» par les médias, s’affrontent pour le contrôle des zones stratégiques pour le narcotrafic[2] ainsi que pour la domination du marché local de la drogue[3] et de l’extorsion. Autrefois limitée aux villes frontalières du Nord, la narcocriminalité s’est progressivement propagée dans d’autres régions du pays, notamment dans les Etats du Centre et de l’Ouest. Au total, plus de 70 000 décès liés au crime organisé ont été enregistrés au Mexique durant le mandat de Felipe Calderón (2006-2012), ce qui représente le conflit le plus meurtrier à l’échelle mondiale pour cette période.

Face à l’incapacité des autorités à réduire la violence dans certaines zones du pays, plusieurs milliers de citoyens (paysans pour la plupart) ont décidé d’organiser leur défense en créant des organisations s’apparentant à des milices armées. Ces groupes, désormais actifs dans plusieurs secteurs du Guerrero, du Michoacán, de l’Oaxaca, du Chiapas, de l’Etat de Mexico et du Morelos, patrouillent dans les villages, érigent des barrages routiers et arrêtent les individus soupçonnés d’être des délinquants. L’Union des Villages et des Organisations de l’Etat de Guerrero (UPOEG), l’un des principaux mouvements civils d’auto-défense (également appelés “polices communautaires”), a ainsi capturé au début de l’année 54 personnes soupçonnées d’enlèvements et d’extorsions dans les localités d’Ayutla et Teconoapa. 31 de ces individus ont été remis aux forces de sécurité au cours du mois de février.

La preuve de l’échec de la stratégie anti-criminalité

Ce phénomène illustre la défiance croissante d’une part de la population envers ses institutions et le recul de l’autorité étatique dans certaines zones du pays. En effet, au cours des dernières années, l’Etat a progressivement perdu le contrôle de plusieurs régions isolées du pays au profit des organisations criminelles (généralement les cartels de la drogue). En raison de l’absence (ou de la présence extrêmement limitée) des forces de sécurité dans ces zones, les habitants y sont régulièrement la cible d’extorsions, d’enlèvements et d’homicides. Outre les Etats défavorisés du sud-ouest du pays (Michoacán, Guerrero et Oaxaca), la région montagneuse du « triangle d’or » (à cheval sur les Etats de Sinaloa, Durango et Chihuahua dans le Nord-ouest) est un symbole de ces zones de non-droit.

Une menace potentielle pour la sécurité du pays

Si ces groupes peuvent réduire la criminalité à court terme, ils représentent néanmoins une menace potentielle à long terme. Ainsi, en Colombie, certains groupes d’auto-défense constitués dans les années 1990 pour lutter contre les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) sont désormais impliqués dans le narcotrafic et l’extorsion. “Los Urabeños”, une bande criminelle créée à la suite de la démobilisation des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), sont ainsi devenus l’un des principaux groupes de narcotrafiquants du pays. Il existe donc un risque que les milices mexicaines se radicalisent et deviennent à leur tour des groupes criminels. Le gouverneur de l’Etat de Guerrero, Ángel Aguirre Rivero, a ainsi fait part en février de son inquiétude face à la multiplication de ces organisations, affirmant notamment que ces dernières pourraient être infiltrées par des membres de l’Armée Populaire Révolutionnaire (Ejército Popular Revolucionario, marxiste-léniniste). Les autorités redoutent également que ces groupes soient progressivement noyautés par les cartels. Le gouvernement mexicain a ainsi arrêté en mars plusieurs membres d’une « police communautaire »  de Buenvaista Tomatlan (Etat de Michoacán, Ouest) soupçonnés d’appartenir au Cártel de Jalisco Nueva Generación (CJNG).

Une multiplication des incidents impliquant les groupes d’auto-défense pourraient être observés au cours des prochains mois si les autorités ne prennent pas rapidement de mesures contre ces organisations. La situation est déjà particulièrement préoccupante dans l’ouest du pays, en particulier dans l’Etat de Guerrero où ces milices agissent en toute impunité.


[1] Outre le trafic de drogue, ces cartels se consacrent également à d’autres activités criminelles comme l’extorsion, le racket de migrants, le vol (de pétrole notamment),…etc.

[2] Villes frontalières avec les Etats-Unis, localités portuaires, zones productrices de drogues,…etc.

[3] La consommation de drogue a augmenté sensiblement au Mexique depuis le début du siècle.