Honduras : trêve entre les Maras

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La trêve conclue hier entre la Mara Salvatrucha (MS-13) et Mara 18 (M-18) pourrait entraîner une amélioration significative de la situation sécuritaire au Honduras, l’un des pays les plus dangereux à l’échelle mondiale.

Les faits

La prison de San Pedro Sula, la capitale économique du Honduras, a été hier le théâtre d’un événement capital pour l’avenir du pays. Des représentants des deux principales Maras[1] du pays, la MS-13 et la M-18, incarcérés au sein de cet établissement pénitencier, ont en effet annoncé une trêve entre leur organisation respective ainsi que l’arrêt immédiat, au niveau national, des meurtres et du recrutement de nouveaux membres[2].

Au cours de leur allocution, les représentants des Maras ont fait par de leur souhait de voir le gouvernement les aider à pérenniser cet accord, ce qui laisse penser que ces organisations criminelles attendent des concessions de la part des autorités, notamment la mise en place de programmes de réinsertion, l’amélioration des conditions carcérales et la diminution des violences policières. Le Président Porfirio Lobo (droite conservatrice) a pour sa part assuré que son gouvernement soutiendrait cette trêve négociée sous l’égide de Monseigneur Rómulo Emiliani, l’évêque de San Pedro Sula.

Une situation sécuritaire alarmante

La situation sécuritaire au Honduras a atteint un niveau alarmant au cours des dernières années. Avec 85 homicides pour 100 000 habitants[3], le Honduras est désormais le pays le plus violent à l’échelle mondiale, loin devant d’autres nations à la réputation pourtant sulfureuse comme la Colombie (31 meurtres pour 100 000 habitants) et le Mexique (24). Par ailleurs, San Pedro Sula, le seconde localité du Honduras, a été désignée comme la ville la plus dangereuse du monde en 2012 alors que Tegucigalpa, la capitale, se classe 4ème.

S’il est certain que les causes de la violence au Honduras sont multiples[4], la présence massive des Maras (plus de 30 000 membres dans le pays) constitue probablement le problème majeur. En effet, ces gangs de rues, dont l’influence est particulièrement importante dans les quartiers défavorisés, s’affrontent pour le contrôle du marché local de la drogue et de l’extorsion, provoquant chaque année la mort de plusieurs milliers de personnes.

Un trêve à consolider

Si la trêve entre les deux principales Maras est incontestablement une excellente nouvelle pour le Honduras, des interrogations demeurent néanmoins.

La principale concerne la solidité de cet accord. La MS-13 et la M-18 respecteront-ils la trêve sur le long terme ? Ou est ce que ces organisations criminelles reprendront leur guerre ouverte au premier incident ?

Au vue de l’exemple salvadorien, l’espoir est permis. Dans ce pays, frontalier avec le Honduras, les homicides ont diminué de 41% en 2012 par rapport à l’année précédente grâce à une trêve conclue entre les deux principales Maras[5]. Même si des règlements de compte localisés sont encore observés, ces gangs de rue se sont jusqu’à présent abstenus de reprendre les hostilités au niveau national. En janvier 2013, le processus de trêve entre les Maras du Salvador est même rentré dans une seconde phase avec l’instauration des « municipalités sans violence », des territoires où les gangs se sont engagés à arrêter toute activité criminelle et à déposer les armes.

Une autre interrogation majeure concerne le rôle des autorités : quel rôle le Président hondurien Porfirio Lobo est-il véritablement prêt à jouer dans ce processus ? Et quel attitude adoptera son successeur ? (les élections présidentielles ont lieu en novembre 2013 et l’actuel Président ne peut se représenter).

Au Salvador, les autorités, après avoir gardé pendant plusieurs mois, au moins publiquement, une distance vis-à-vis des négociations, semblent vouloir assumer davantage de responsabilités. Ainsi, au cours du mois d’avril, le Président Mauricio Funes a affirmé que le gouvernement devait répondre à certaines demandes des leaders de Maras afin de rendre la trêve pérenne. Peu après, au début du mois de mai, il annonçait des fonds supplémentaires pour la réinsertion des membres des gangs de rues dans la société. Le gouvernement hondurien saura-t-il prendre des mesures pour préserver la trêve entre les Maras et, éventuellement, contribuer à l’instauration d’une paix durable?


[1] Les Maras sont des gangs de rues ultraviolents principalement composés d’adolescents et de jeunes adultes. Ces groupes ont été formés dans les années 1980 en Californie (Etats-Unis) par des immigrés salvadoriens fuyant la guerre civile dans leur pays avec comme objectif initial de se défendre face aux gangs afro-américains et hispaniques. Progressivement, les Maras sont devenues des organisations criminelles se consacrant au trafic de drogue, à l’extorsion, à la prostitution forcée, au trafic de personnes et au meurtre. Profitant de l’expulsion de criminels salvadoriens vers leur pays d’origine, ordonnée par les autorités américaines, les Maras se sont progressivement développées dans toute l’Amérique centrale, en particulier dans les pays du Triangle Nord (Honduras, Salvador, Guatemala).

[2] En revanche, ces deux organisations criminelles ne se sont pas engagées à arrêter certaines activités criminelles telles que l’extorsion.

[3] En 2012.

[4] Notamment le haut niveau de pauvreté (67% de la population, le taux le plus élevé du continent), la faiblesse des institutions, la corruption endémique, le nombre élevé d’armes en circulation et la présence grandissante des cartels mexicains.

[5] Cette trêve a été signée en mars 2012 sous l’égide d’un aumônier de l’armée.

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Week-end meurtrier au Honduras

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Ce week-end a été particulièrement meurtrier au Honduras. L’occasion de revenir sur la situation sécuritaire de ce pays, le plus dangereux à l’échelle mondiale[1].

Les chiffres

Selon le journal hondurien El Heraldo, au mois 6 personnes ont été abattues ce week-end en l’espace de 24 heures, dont 2 dans le district capitale du pays[2].

La situation sécuritaire du Honduras s’est nettement dégradée au cours des dernières années. Le taux d’homicides a ainsi atteint 85,5 pour 100 000 habitants en 2012. Il s’agît du chiffre le plus élevé à l’échelle mondiale pour un pays exempt de conflit armé déclaré. A titre de comparaison, le Mexique, pourtant considéré comme l’un des pays les plus dangereux de la planète, enregistre 24 homicides pour 100 000 habitants.

Au niveau géographique, les zones les plus criminogènes se situent le long de la côte caraïbe (Nord), à proximité de la frontière avec le Guatemala (Ouest) et dans le département central de Francisco Morazán où se trouve Tegucigalpa, considérée comme la capitale la plus dangereuse du monde. San Pedro Sula (département de Cortés, Nord-ouest), la plus grande ville industrielle du pays, est pour sa part considérée comme l’agglomération la plus meurtrière à l’échelle mondiale.

Si la population locale est la plus touchée par la violence, les ressortissants étrangers sont également pris pour cible. 24 citoyens américains ont ainsi été assassinés au Honduras depuis janvier 2010. De nombreux voyageurs occidentaux ont également été victimes de vols avec violence au cours des derniers mois.

Les causes de la violence

La précarité du contexte sécuritaire local s’explique par une multitude de facteurs.

Le premier concerne la présence des Maras. Ces gangs de rue typiques d’Amérique centrale, composés d’adolescents et de jeunes adultes, se consacrent à des activités criminelles, telles que le meurtre, l’enlèvement, l’extorsion, la prostitution forcée, le trafic de drogue et de personnes. Les Maras ont connu, au cours de la dernière décennie, un essor considérable au Honduras, inhérent au très haut niveau de pauvreté (67% de la population, le taux le plus élevé du continent). Aujourd’hui, plusieurs centaines de Maras s’affrontent pour le contrôle des territoires urbains au Honduras. De nombreux quartiers de Tegucigalpa et San Pedro Sula vivent désormais sous la domination de ces groupes, lesquels n’hésitent pas à imposer des couvres-feux et à exiger un « impôt de guerre » aux habitants et aux commerçants.

Le Honduras, et plus généralement l’Amérique centrale, est par ailleurs devenu une zone stratégique pour le transit de la cocaïne sud-américaine destinée au Etats-Unis. Les cartels mexicains, les plus puissantes organisations criminelles du continent, s’affrontent désormais pour le contrôle des points de passage de la drogue dans certaines régions du Honduras, par l’intermédiaire d’organisations criminelles locales.

Enfin, la corruption particulièrement répandue au sein de la police, la faiblesse des institutions et le manque de moyens de l’Etat expliquent l’incapacité du gouvernement à lutter efficacement contre les nombreuses organisations criminelles présentes dans le pays.


[1] Au niveau du taux d’homicides.

[2] Cette zone regroupe les villes de Tegucigalpa et Comayagüela.