Colombie : premier accord entre le gouvernement et les FARC

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Un accord a été trouvé hier sur la question agraire, l’un des principaux points de désaccord entre les autorités et la guérilla d’inspiration marxiste depuis près d’un demi-siècle.

Les faits

Les délégations du gouvernement colombien et des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) ont annoncé hier, dans une déclaration commune, avoir trouvé un accord prévoyant des transformations radicales concernant la question agraire et le développement rural. Des engagements ont notamment été pris sur la création d’un fond spécial[1] permettant l’accès et l’usage de la terre par le plus grand nombre, l’encouragement des activités agropastorales, le développement des infrastructures en milieu rural ainsi que la mise en place de plans sociaux dans les domaines du logement, de la santé et de l’éducation. Ces mesures ne s’appliqueront cependant qu’en cas d’accord de paix final entre les deux camps.

Après l’annonce de cette entente, le Président colombien, Juan Manuel Santos, a immédiatement salué un « pas fondamental vers un accord complet mettant fin à un demi-siècle de conflit » alors que ses homologues vénézuélien et bolivien ont qualifié d’ « historique » cet événement.

Le problème de la terre en Colombie

Les questions liées à la répartition des terres et au développement rural sont à l’origine du conflit armé en Colombie. En effet, les FARC ont été créées, dans les années 1960, comme une guérilla rurale, issue des zones d’autodéfense paysannes, ayant comme objectif principal la redistribution des terres à ceux qui les cultivent. Aujourd’hui encore, la Colombie demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde dans ce domaine, 1% des propriétaires possédant en effet la moitié des terres cultivables.

La suite des négociations

Le gouvernement colombien et les FARC négocient depuis le 19 novembre à La Havane (Cuba) pour tenter de mettre un terme à un conflit armé vieux d’un demi-siècle et responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes[2]. Alors que les pourparlers ont jusqu’à présent été principalement consacrés à la question agraire, le prochain cycle des négociations, qui débutera le 11 juin, portera sur la participation politique des FARC en cas d’accord final. Par la suite, les deux délégations devront également s’entendre sur la lutte contre le trafic de drogue[3], les droits des victimes et la fin des hostilités.

En attendant un éventuel accord final, le conflit armé continue en Colombie. 3 soldats ont ainsi été tués et 3 autres blessés jeudi dernier au cours d’un affrontement entre l’armée et les FARC dans le département d’Antioquia (Nord-ouest).


[1] Dont le nom est « fondo de tierras para la paz ».

[2] Environ 600 000 personnes assassinées selon une estimation du gouvernement en septembre 2012.

[3] Les FARC jouent désormais un rôle majeur dans la production et le trafic de drogue en Colombie.

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Colombie : Attaque meurtrière contre les forces de sécurité

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L’armée colombienne a été la cible mercredi d’une attaque particulièrement meurtrière menée par l’Armée de Libération Nationale (ELN).

 

Les faits

34 soldats colombiens ont été attaqués mercredi à l’aube par des membres de l’Armée de Libération Nationale à El Caguey, une zone rurale de la municipalité de Chitaga (département de Norte de Santander, Nord-est). Selon le dernier bilan officiel, 10 militaires ont été tués, ce qui fait de cette action subversive l’attaque la plus meurtrière commise cette année par une organisation rebelle en Colombie. 11 soldats ont également été blessés et un autre capturé par des membres de l’ELN.

L’Armée de Libération Nationale

L’Armée de Libération Nationale, le deuxième groupe rebelle d’extrême-gauche le plus important du pays après les FARC, a été fondée en 1964 en s’inspirant de l’exemple de la révolution cubaine qui a porté Fidel Castro au pouvoir en 1959. L’ELN a été pendant plusieurs décennies une véritable guérilla d’inspiration marxiste-léniniste dénonçant les inégalités sociales et prônant la prise de pouvoir par les masses populaires. Dans les années 1990, ce groupe, considéré comme terroriste par plusieurs pays (Colombie, Etats-Unis, Canada et Union Européenne), s’est scindé entre le Front Domingo Lain, qui refuse toute négociation de paix et le Courant de Rénovation Socialiste, qui a cessé la lutte armée. Les guérilléros de l’ELN, qui seraient aujourd’hui environ 1 500[1], sont principalement présents dans les départements de Norte de Santander, Arauca, Cesar, Antioquia, Cauca, Nariño et Valle del Cauca ainsi que dans le sud du département de Bolívar. Sur le modèle des FARC, les rebelles de l’ELN ont en partie délaissé la lutte idéologique au cours de la dernière décennie pour se consacrer principalement à des activités criminelles comme le narcotrafic[2], l’extorsion et l’enlèvement.

Le processus de paix

Bien que l’ELN ait fait part à plusieurs reprises de sa disposition à entamer un dialogue avec les autorités, cette organisation n’a pour le moment pas été conviée aux négociations de paix qui se déroulent depuis novembre dernier à La Havane entre le gouvernement colombien et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

L’augmentation des actions subversives menées par l’ELN au cours des derniers mois, en particulier les attaques meurtrières contre les forces de sécurité et les kidnappings de ressortissants étrangers, pourrait être un moyen de pression utilisé par cette organisation pour être admis à la table des négociations.


[1] Contre 4 000 membres à la fin des années 1990 selon un rapport du ministère de la défense colombien publié en décembre 2012.

[2] Les bénéfices générés par le narcotrafic seraient d’ailleurs à l’origine de la résurgence de l’ELN au cours des dernières années.

Colombie : Mort du chef militaire de « Los Urabeños »

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Le chef militaire de cette organisation criminelle, la plus puissante du pays, a été tué hier lors d’un affrontement avec les forces de sécurité.  

Les faits

Les autorités colombiennes ont annoncé hier que Francisco Morelo Peñata, alias ‘El Negro Sarley’, avait été abattu par la police à San Pedro de Urabá, une zone rurale du département d’Antioquía (Nord).

Le Président colombien, Juan Manuel Santos, a félicité les forces de sécurité, affirmant qu’il s’agissait d’un « coup important » porté à cette organisation criminelle. Au sein de « Los Urabeños », Francisco Morelo Peñata  occupait la fonction de chef militaire et était responsable de l’envoi de cocaïne au Panama. En outre, ‘El Negro Sarley’ était accusé d’avoir participé à plusieurs « massacres », notamment contre des membres d’organisations rivales.

La menace des bandes criminelles émergentes

Contrairement aux idées reçues en France, la situation sécuritaire s’est améliorée en Colombie depuis le début des années 2000, comme en témoigne la baisse significative du taux d’homicides (30 pour 100 000 en 2012 contre 62 pour 100 000 en 2002). Depuis une décennie, les autorités ont repris le contrôle de nombreux territoires ruraux autrefois contrôlés par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla marxiste du pays, aujourd’hui affaiblie. Des villes comme Bogota, la capitale, et Medellín ont également connu une amélioration spectaculaire au niveau sécuritaire grâce à la ré-organisation des forces policières (notamment le Plan “Cuadrantesqui a divisé la ville de Bogota en plusieurs centaines de zones ayant chacune un poste et une équipe de policiers) et des investissements publics d’envergure réalisés dans les quartiers les plus défavorisés. Cependant, la Colombie continue de faire face à d’importants défis sécuritaires, au premier rang desquels se trouve le développement des bandes criminelles émergentes (bacrim).

« Los Urabeños » font partie de ces bandes criminelles émergentes, des groupes mafieux qui ont connu un essor rapide en Colombie suite à la démobilisation des organisations paramilitaires d’extrême-droite au milieu des années 2000. De nombreux membres des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC)[1] ont ainsi rejoint « Los Urabeños » en 2006, permettant à cette organisation criminelle de renforcer sa discipline militaire et d’élargir sa zone d’influence[2].

« Los Urabeños » sont aujourd’hui considérés comme le groupe mafieux le plus puissant de Colombie, avec une présence importante dans le Golfe d’Uraba[3], région frontalière avec le Panama, et sur la côte caraïbe (départements d’Antioquía, Córdoba et La Guajira). Au cours des dernières années, « Los Urabeños » ont profité de l’affaiblissement de leurs rivaux, tels que « Los Rastrojos » et « La Oficina De Envigado », pour se développer dans des régions situées loin de leurs fiefs, comme la côte pacifique (département de Valle del Cauca) et l’agglomération de Medellín.

D’après l’excellent site InSight Crime[4], « Los Urabeños » sont composés d’au moins 1 200 membres entrainés au combat, lourdement armés et unis par une solide discipline militaire. Ces individus sont principalement déployés dans les zones rurales jugées stratégiques pour le narcotrafic (ports maritimes naturels ou zones d’achat de la pâte de coca). « Los Urabeños » ont en revanche recours à des bandes locales pour conquérir de nouveaux territoires urbains, comme à Medellín où ils arment et financent des « pandillas »[5] opposées à « La Oficina De Envigado ».

Des représailles en vue ?

La mort d’‘El Negro Sarley’ pourrait entrainer des représailles de la part de « Los Urabeños » au cours des prochains jours. En janvier 2012, suite à l’élimination de l’un de ses dirigeants, ce groupe criminel avait ainsi interdit temporairement aux habitants de plusieurs départements de sortir de chez eux, paralysant ainsi de nombreuses municipalités. Par ailleurs, « Los Urabeños » s’en étaient pris aux forces de sécurité, en promettant notamment d’offrir $ 1 000 pour chaque policier abattu.


[1] L’AUC était un important  groupe paramilitaire d’extrême droite, aujourd’hui dissout, qui avait pour vocation de lutter contre les guérillas d’obédience marxiste, notamment les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

[2] D’anciens membres de l’Armée Populaire de Libération (EPL), un groupe de guérilléros d’obédience marxiste-léniniste démobilisé en 1991, ont également rejoint « Los Urabeños ».

[3] L’origine du nom de « Los Urabeños » vient de cette région.

[4] Site internet spécialisé sur le crime organisé en Amérique latine

[5] Terme espagnol désignant des gangs de rue.

Colombie : Etat des lieux des négociations de paix

SIETE GUERRILLEROS DE LAS FARC SE DESMOVILIZAN EN CALI

La mort de 2 soldats et de 5 membres des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) au cours d’un affrontement survenu le 12 avril dans le département de Caquetá (Sud) rappelle que la Colombie est toujours le théâtre d’une guerre.

Bien qu’affaiblies[1], les deux principales guérillas d’inspiration marxiste du pays, les FARC et l’Armée de Libération Nationale (ELN), continuent en effet de mener des actions subversives (embuscades, attaques à la grenade, attentats à la voiture piégée,…etc) contre les forces de sécurité et les symboles de l’Etat colombien[2]. L’armée, pour sa part, organisent toujours des opérations contre les camps des guérilléros.

Un vent d’optimisme souffle pourtant sur la Colombie. Ainsi, depuis le mois de novembre dernier, les délégations du gouvernement et des FARC négocient à La Havane (Cuba) pour tenter de mettre fin à ce conflit qui a provoqué la mort d’environ 250 000 personnes en plus de quatre décennies. Jamais la possibilité d’un accord n’a semblé aussi forte dans l’historie de ce conflit.

Cependant, rien n’est acquis pour le moment et les discussions promettent d’être encore longues. Les deux camps ont ainsi prévu d’aborder 5 thèmes particulièrement controversés avant de parvenir à un éventuel accord final : le développement rural et agricole, la lutte contre le trafic de drogue[3], la participation des FARC à la vie politique, les droits des victimes et la fin des hostilités.

A plusieurs reprises, les deux parties se sont déclarées satisfaites du déroulement des pourparlers[4] et ont fait état d’avancées concrètes, sans toutefois préciser lesquelles. Le ministre de l’Intérieur a ainsi affirmé en mars que l’état d’avancement de ce processus ne pouvait être rendu public, au risque de compromettre les négociations.

Le Président colombien a pour sa part affirmé à plusieurs reprises son souhait de voir ces discussions aboutir avant novembre 2013. Juan Manuel Santos a également annoncé le 8 avril qu’il espérait qu’un processus similaire soit mis en place avec l’ELN, le deuxième groupe de guérilléros le plus important du pays.

Une grande partie du peuple colombien semble en tout cas croire dans ces négociations de paix. Ainsi, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté le 9 avril à Bogota et dans les autres villes du pays pour apporter leur soutien au processus de paix avec les FARC.


[1] Les FARC et l’ELN ont été considérablement affaiblies par la répression lancée à partir de 2002 par le précédent Président, Álvaro Uribe.

[2] Les attaques des groupes rebelles ont principalement lieu dans leurs zones de forte influence, c’est-à-dire les zones rurales des départements de Cauca (Sud-ouest), Nariño (Sud-ouest), Putumayo (Sud-ouest), Caquetá (Sud), d’Antioquia (Nord), Norte de Santander (Nord-est), Arauca (Nord-est), Chocó (Nord-ouest), Meta (Centre) et Tolima (Centre).

[3] Les FARC ont en partie délaissé la lutte idéologique au cours de la dernière décennie pour se consacrer à des activités criminelles comme le narcotrafic, l’extorsion et l’enlèvement.

[4] Le prochain cycle de négociations entre les deux délégations débutera au cours de la troisième semaine du mois d’avril.