Colombie : Mort du chef militaire de « Los Urabeños »

Image

Le chef militaire de cette organisation criminelle, la plus puissante du pays, a été tué hier lors d’un affrontement avec les forces de sécurité.  

Les faits

Les autorités colombiennes ont annoncé hier que Francisco Morelo Peñata, alias ‘El Negro Sarley’, avait été abattu par la police à San Pedro de Urabá, une zone rurale du département d’Antioquía (Nord).

Le Président colombien, Juan Manuel Santos, a félicité les forces de sécurité, affirmant qu’il s’agissait d’un « coup important » porté à cette organisation criminelle. Au sein de « Los Urabeños », Francisco Morelo Peñata  occupait la fonction de chef militaire et était responsable de l’envoi de cocaïne au Panama. En outre, ‘El Negro Sarley’ était accusé d’avoir participé à plusieurs « massacres », notamment contre des membres d’organisations rivales.

La menace des bandes criminelles émergentes

Contrairement aux idées reçues en France, la situation sécuritaire s’est améliorée en Colombie depuis le début des années 2000, comme en témoigne la baisse significative du taux d’homicides (30 pour 100 000 en 2012 contre 62 pour 100 000 en 2002). Depuis une décennie, les autorités ont repris le contrôle de nombreux territoires ruraux autrefois contrôlés par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla marxiste du pays, aujourd’hui affaiblie. Des villes comme Bogota, la capitale, et Medellín ont également connu une amélioration spectaculaire au niveau sécuritaire grâce à la ré-organisation des forces policières (notamment le Plan “Cuadrantesqui a divisé la ville de Bogota en plusieurs centaines de zones ayant chacune un poste et une équipe de policiers) et des investissements publics d’envergure réalisés dans les quartiers les plus défavorisés. Cependant, la Colombie continue de faire face à d’importants défis sécuritaires, au premier rang desquels se trouve le développement des bandes criminelles émergentes (bacrim).

« Los Urabeños » font partie de ces bandes criminelles émergentes, des groupes mafieux qui ont connu un essor rapide en Colombie suite à la démobilisation des organisations paramilitaires d’extrême-droite au milieu des années 2000. De nombreux membres des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC)[1] ont ainsi rejoint « Los Urabeños » en 2006, permettant à cette organisation criminelle de renforcer sa discipline militaire et d’élargir sa zone d’influence[2].

« Los Urabeños » sont aujourd’hui considérés comme le groupe mafieux le plus puissant de Colombie, avec une présence importante dans le Golfe d’Uraba[3], région frontalière avec le Panama, et sur la côte caraïbe (départements d’Antioquía, Córdoba et La Guajira). Au cours des dernières années, « Los Urabeños » ont profité de l’affaiblissement de leurs rivaux, tels que « Los Rastrojos » et « La Oficina De Envigado », pour se développer dans des régions situées loin de leurs fiefs, comme la côte pacifique (département de Valle del Cauca) et l’agglomération de Medellín.

D’après l’excellent site InSight Crime[4], « Los Urabeños » sont composés d’au moins 1 200 membres entrainés au combat, lourdement armés et unis par une solide discipline militaire. Ces individus sont principalement déployés dans les zones rurales jugées stratégiques pour le narcotrafic (ports maritimes naturels ou zones d’achat de la pâte de coca). « Los Urabeños » ont en revanche recours à des bandes locales pour conquérir de nouveaux territoires urbains, comme à Medellín où ils arment et financent des « pandillas »[5] opposées à « La Oficina De Envigado ».

Des représailles en vue ?

La mort d’‘El Negro Sarley’ pourrait entrainer des représailles de la part de « Los Urabeños » au cours des prochains jours. En janvier 2012, suite à l’élimination de l’un de ses dirigeants, ce groupe criminel avait ainsi interdit temporairement aux habitants de plusieurs départements de sortir de chez eux, paralysant ainsi de nombreuses municipalités. Par ailleurs, « Los Urabeños » s’en étaient pris aux forces de sécurité, en promettant notamment d’offrir $ 1 000 pour chaque policier abattu.


[1] L’AUC était un important  groupe paramilitaire d’extrême droite, aujourd’hui dissout, qui avait pour vocation de lutter contre les guérillas d’obédience marxiste, notamment les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

[2] D’anciens membres de l’Armée Populaire de Libération (EPL), un groupe de guérilléros d’obédience marxiste-léniniste démobilisé en 1991, ont également rejoint « Los Urabeños ».

[3] L’origine du nom de « Los Urabeños » vient de cette région.

[4] Site internet spécialisé sur le crime organisé en Amérique latine

[5] Terme espagnol désignant des gangs de rue.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s