Chili : retour probable de Michelle Bachelet à la Présidence

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Particulièrement populaire au Chili, l’ancienne chef de l’Etat (2006-2010) est la favorite de l’élection présidentielle prévue le 17 novembre 2013.

Des sondages favorables

Michelle Bachelet, qui a été proclamée le 13 avril candidate du Parti Socialiste (PS) et du Parti Pour la Démocratie (PPD), est créditée de 43% des intentions de vote selon un nouveau sondage publié hier[1], loin devant le ministre des travaux publics, Laurence Golborne[2] (8,8%) et le ministre de la défense, Andrés Allamand[3] (5,8%).

Avant l’élection présidentielle, Michelle Bachelet se présentera le 30 juin aux primaires organisées par la Concertation[4], une coalition de partis politiques du centre et de la gauche[5] qui a gouverné le pays de 1990 à 2010. Ce scrutin devrait être une simple formalité pour l’ancienne Présidente, créditée de 76% des suffrages.

Michelle Bachelet avait quitté ses fonctions en 2010 car la Constitution chilienne interdit d’exercer deux mandats consécutifs. Depuis deux ans et demi, elle dirigeait l’agence ONU Femmes, s’abstenant de tout commentaire sur la politique chilienne, en particulier sur la gestion de son successeur, Sebastián Piñera (Rénovation Nationale, centre-droit), particulièrement impopulaire.

L’impopularité de l’actuel Président chilien

Le Chili bénéficie pourtant d’une situation économique enviable, avec une croissance de 5,6% et un taux de chômage de 6,2% en 2012[6]. Ce pays possède par ailleurs l’Indice de Développement Humain (IDH) [7] le plus élevé d’Amérique latine, devant l’Argentine[8].

Si la plupart des Chiliens ont une perception positive de la situation de leur pays, ils désapprouvent majoritairement la gestion de Sebastián Piñera[9]. Plusieurs analystes estiment que cette situation paradoxale s’explique par l’incapacité de l’actuel Président à concrétiser les immenses espoirs qu’avaient placés en lui une bonne partie de la population. Ainsi, pendant la campagne présidentielle de 2010, après 20 ans de règne de la Concertation, de nombreux chiliens avaient été séduits par les promesses de changements de Sebastián Piñera. Trois ans plus tard, ils estiment que la situation est quasiment similaire à celle d’avant 2010, du temps de la Concertation. D’autres facteurs, tels qu’une exposition médiatique excessive au début de son mandat ainsi que plusieurs scandales et conflits d’intérêts[10], ont également contribué à la faible popularité de l’actuel Président.

Le défi majeur pour Michelle Bachelet : la réforme éducative

Sauf accident ou événement exceptionnel, Michelle Bachelet devrait donc être élue Présidente de la République lors du scrutin de novembre, marquant ainsi le retour au pouvoir de la coalition de centre-gauche. Si elle devrait hériter d’un pays en bonne santé économique, Michelle Bachelet aura néanmoins de sérieux défis à relever, au premier rang  desquels la réforme de l’éducation. Ainsi, le Chili est très régulièrement le théâtre de manifestations étudiantes massives, parfois accompagnées de violence, dénonçant les inégalités du système éducatif [11].

Michelle Bachelet a affirmé récemment que la réforme de l’éducation serait la « grande priorité » de son mandat, précisant par ailleurs qu’elle était en faveur de la gratuité des études « à tous les niveaux ». Sa Présidence sera donc en partie jugée à l’aune de cette réforme éducative, une mesure qu’elle n’avait pas réussi à mettre en place au cours de son premier mandat.

Conséquences au niveau régional

Au niveau régional, l’élection de Michelle Bachelet signifierait la défaite de l’un des derniers gouvernements conservateurs sud-américains, confirmant ainsi l’ancrage à gauche de ce continent. Si la Colombie et le Paraguay sont gouvernés par des dirigeants de centre-droit, le Brésil, l’Argentine, le Pérou et l’Uruguay ont, au cours des dernières années, porté au pouvoir des Présidents de centre-gauche alors que le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie sont les fers de lance de la gauche « antilibérale ».


[1] Source : Site internet d’Europa Press, section Amérique latine.

[2] Pré-candidat pour l’Union Démocrate Indépendante (droite).

[3] Membre du parti Rénovation Nationale (centre-droit).

[4] Le nom complet est la « Concertation des partis pour la démocratie ».

[5] Outre le Parti Socialiste et le Parti Pour la Démocratie, deux autres organisations sont également membres de cette coalition : le Parti Démocrate-Chrétien et le Parti Radical Social-Démocrate.

[6] Par ailleurs, l’inflation a été en 2012 de l’ordre de 1,5%, un niveau faible pour la région. Enfin la pauvreté a diminué au cours des dernières années pour atteindre 14,4% de la population en 2011.

[7] Indicateur prenant en compte trois dimensions de base du développement humain : la santé, l’éducation et le revenu.

[8] Avec un IDH de 0,819, le Chili est 40ème au niveau mondial alors que l’Argentine est en 45ème position (avec un IDH de 0,811).

[9] Sebastián Piñera obtenait ainsi un taux d’approbation de 31% en décembre 2012.

[10] Sebastián Piñera lui-même possédait 26% de la compagnie aérienne LAN au début de son mandat. Devant la pression, il a finalement accepté de vendre ses parts, empochant 1 500 millions de dollars.

[11] La majorité des familles chiliennes sont aujourd’hui obligées de s’endetter pour permettre à leurs enfants d’étudier.

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